OTAN en emporte l'Europe ?

Posté le vendredi 22 novembre 2019
OTAN en emporte l'Europe ?

Les déclarations du président français ont suscité beaucoup de réactions. Elles ont le mérite de poser clairement de vraies questions auxquelles les Européens ne pourront pas échapper.

L'OTAN ne peut pas éluder la question posée clairement par Emmanuel Macron : « quelle est sa stratégie » ? Elle a contribué à gagner la guerre froide. C'était il y a 30 ans. Elle a appris aux Européens à travailler ensemble et les alliés sont largement « interopérables ». Quel sont donc ses buts ? Commerciaux, politiques, stratégiques, autres ? Ne contribue-t-elle pas à exacerber les oppositions entre régimes opposés sur le continent européen ? Veut-elle s'étendre ailleurs ? Si l'alliance d'Etats démocratiques pour lesquels la liberté  est le fondement de toute organisation politique, ne saurait être remise en question, ses objectifs doivent être clairement redéfinis et l'attitude de certains de ses membres sérieusement examinée.
Les Etats-Unis sont-ils vraiment engagés par la clause de défense mutuelle de l'article 5 de sa charte ? Iraient-ils jusqu'à mettre en œuvre la dissuasion, c'est-à-dire la menace d'utiliser l'arme nucléaire, pour protéger la frontière ou la stabilité de l'un des Etats membres ? Prendraient-ils ainsi le risque de représailles sur leur territoire ?

Qu'on le veuille ou non, le doute a été instillé par un président américain moins poli que ses prédécesseurs, qui a quasiment répondu par la négative et des raisons soi-disant financières. La contribution américaine au budget de fonctionnement de l'organisation ne représente que moins d'un millième des dépenses de défense de ce pays et on peut s'interroger sur les raisons de la présence de troupes US sur le territoire européen.  
Que faire aussi de la Turquie et de son agenda quasi-islamiste, en tous cas franchement moyen-oriental ? Ne met-elle pas en danger notre propre sécurité ?

La recherche d'une véritable « autonomie stratégique », qui est désormais un objectif officiel de l'Union, sera le fil directeur des efforts européens au cours des années à venir. En vertu d'un principe simple : quand on joue dans la cour des grands, comme c'est le cas de l'Europe en matière économique, on ne peut pas s'abstraire de la dimension stratégique de la puissance. L'Union doit donc tout faire, pour renforcer son autonomie et acquérir son indépendance. Non pas à des fins offensives, pour conquérir des territoires ou imposer sa domination, mais tout simplement pour faire respecter ses intérêts, défendre et promouvoir ses valeurs de paix, de solidarité et de coopération dont elle risque de devenir le seul vrai défenseur.

L'alliance des membres du camp de la Liberté doit demeurer mais la défense de l'Europe par les Européens doit se construire. C'est la raison pour laquelle la Fondation Robert Schuman a proposé, il y a déjà trois ans, qu'un traité de réassurance de la sécurité de l'Europe soit signé entre le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France. Il s'agirait d'officialiser la situation actuelle et de rendre publique une garantie de sécurité du continent que les trois principales puissances du continent donneraient à toute l'Europe. Cet engagement reconnaîtrait le rôle de l'OTAN mais aussi celui de l'Union européenne dans le renforcement de nos moyens militaires. La Première ministre Theresa May avait aimé cette idée, par ailleurs reprise par le président Emmanuel Macron. Une telle initiative aurait le mérite d'affirmer officiellement une solidarité de sécurité et de rendre plus facile la coopération entre l'UE et l'OTAN. On y verrait aussi l'intérêt de garder des liens forts et officiels avec la Grande-Bretagne du Brexit et de garantir la sécurité des Etats européens, qui ont le droit à la protection de leurs frontières et de leurs territoires.

Quant à l'OTAN, elle ne saurait continuer comme par le passé, au risque de perdre toute crédibilité et, surtout, toute son efficacité. Elle doit constituer une véritable alliance et pas une dépendance, se fixer de véritables objectifs partagés par tous ses membres et non imposés de l'extérieur et elle devrait se féliciter de toute avancée européenne dans la construction d'un outil autonome de sécurité.

Jean-Dominique GIULIANI

Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

Source : www.asafrance.fr
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