Par devoir de reconnaissance : l’accompagnement des militaires blessés. INTERVIEW de Thomas JANIER.

Posté le mercredi 07 septembre 2016
Par devoir de reconnaissance : l’accompagnement des militaires blessés. INTERVIEW de Thomas JANIER.

Par devoir de reconnaissance :

l’accompagnement des militaires blessés

 

Par Michel Ruiz

 

 

Partout où la France engage ses forces armées, des militaires sont tués, d’autres reviennent blessés, physiquement ou psychologiquement. Par devoir de reconnaissance pour ces hommes et ces femmes qui ont ainsi sacrifié leur vie, l’association Ad Augusta propose un parcours de revalorisation de leurs potentiels et un accompagnement en vue d’une réinsertion socioprofessionnelle au sein de l’institution ou dans le privé. Entretien avec son directeur Thomas Janier.

 

 

 

Comment est née l’association Ad Augusta ?

 

Ancien membre des forces spéciales, Michel Pech a un vécu opérationnel intense. Il fut projeté à de nombreuses reprises dans des régions en crise ou en guerre (Afrique, Europe de l’Est, Asie, Amérique centrale…). En 2007, il quitte les unités opérationnelles pour rejoindre les écoles de Saint‐Cyr Coëtquidan où il donne une tournure vivante à son enseignement en plaçant les élèves officiers dans des contextes de travail opérationnels pour les faire réfléchir sur le sens de l’engagement et l’art de commander. Après une dernière mission effectuée en Afghanistan en 2009, particulièrement touché par la rudesse des parcours de reconstruction d’anciens compagnons d’armes blessés, il s’entoure d’une équipe pour développer un concept de prise en charge de ces personnes en perte de repères ou souffrant d’un syndrome de stress post‐traumatique. L’association Ad Augusta est ainsi née en

2011 avec sa méthodologie propre, ses actions de formation et ses projets majeurs.

 

 

Que peuton trouver au sein d’Ad Augusta ?

 

Ad Augusta, c’est l’émanation d’une volonté affirmée d’être au service de soldats souvent désocialisés, ayant vécu un événement traumatique, qu’il y ait eu blessure physique ou non, quelles qu’en soient les circonstances et l’ancienneté, quels que soient leur grade et leur armée d’appartenance.

 

Nous ne sommes ni médecins, ni psychiatres ou psychologues, nous intervenons après la prise en charge  médicale  et  avant  la  réinsertion proprement dite conduite par les services de l’Armée.

 

Les personnes qui rejoignent l’association la comparent souvent à un milieu protégé, un peu à l’image d’un cocon. Toute personne qui y rentre ne se sent ni jugée ni obligée d’intégrer une dynamique    de    travail.    Elle    arrive    là    tout

 

simplement, observe, pose des questions, s’imprègne progressivement de cet état d’esprit fraternel et bienveillant qui anime son nouvel entourage. Elle s’aperçoit que cette détresse qui la ronge, d’autres la vivent aussi. Elle les écoute, échange, se fait de nouvelles relations. Naît ainsi l’envie d’aller plus loin ensemble.

 

Pour arriver à ce premier résultat puis aider les blessés à identifier dans le temps de nouveaux repères nécessaires à la définition de leur projet de vie, Ad Augusta va, en lien avec l’institution militaire et le service de santé des armées, les placer dans des environnements choisis pour leur caractère apaisant. Commence alors un travail individualisé, modelé pour les préparer à intégrer un stage de formation initiale, étape indispensable avant d’intégrer un projet associatif.

 

Le stage de formation initiale

 

Ad  Augusta  organise  en fonction du nombre de volontaires   deux   à   trois stages de formation initiale par an intégrant, chaque fois, une dizaine de nouveaux blessés.

 

Pendant  cette  première période, ils vivent un ensemble d’exercices dans des environnements  protégés,  sur le littoral breton ou en montagne, dans la vallée de la Tarentaise. Les journées sont bien remplies, la prise en charge se fait dès le matin, dans un cadre établi où l’hygiène et le respect de soi et des autres sont de mise…

 

Les exercices sont des mises en situation collectives auxquelles un sens et un contexte sont systématiquement associés pour les amener à atteindre ensemble des objectifs. Ils sont par exemple conduits dans un immense labyrinthe duquel il faut parfois une heure pour trouver l’issue. Dans ce type d’exercice, il leur est demandé de s’organiser collectivement pour rechercher et sauver une personne disparue. Parvenu à l’objectif, il ne faut alors qu’une minute pour en sortir, grâce au fléchage mis en place tout au long de la progression. La personne qui conduit l’exercice fait alors un débriefing en le transposant à leur propre vie. Cette transposition leur offre des clés de compréhension de  leur  propre situation

et des outils pour mieux gérer leurs avancées. Par exemple, cet exercice du labyrinthe permet de mettre en avant le gain  d’efficacité  obtenu  lorsque  l’on prend le temps de bien jalonner un projet avec méthode.

 

Dès lors, par assimilation, les blessés commencent à retrouver la force d’identifier un nouveau projet de vie et à reprendre espoir.

 

Des projets associatifs

 

La  formation  initiale  achevée,  Ad Augusta lance les blessés sur des projets définis par les intéressés eux‐mêmes. Il s’agit de chercher des actions porteuses de sens pour leur permettre de se connecter entre eux, de s’organiser, de se remobiliser.

 

Un chef de projet les assiste, si nécessaire, dans l’organisation ou la recherche de financement. Il est là principalement pour s’assurer que les projets initiés gardent leur cohérence dans le temps et restent bien inscrits dans les objectifs initialement fixés avec

chacune des personnes ayant intégré le projet. Les participants sont souvent aux quatre coins de la

France et doivent apprendre à travailler ensemble. Pour faciliter les contacts, Ad Augusta organise des activités mensuelles auxquelles chacun peut venir participer en fonction de sa disponibilité. Toutes ces actions contribuent à leur remise en mouvement et leur stabilisation pour envisager une nouvelle activité professionnelle.

 

Avezvous pu mesurer l’efficacité de cette méthode d’accompagnement ?

 

Oui, en effet, nous constatons un réel mieux‐être chez la grande majorité des soldats que nous suivons avec des retours très positifs des médecins traitants qui les accompagnent dans leur parcours de reconstruction.

 

Lors de notre dernier stage, des blessés, de leur propre initiative, ont spontanément souhaité intervenir aux côtés des organisateurs, démontrant ainsi les progrès qu’ils avaient réalisés. Leur intervention a permis une mise en confiance beaucoup plus rapide des nouveaux stagiaires, et permis à ces blessés volontaires de se remettre en situation de responsabilité.

 

Cet accompagnement pourrait être comparé à une béquille utilisée par un blessé physique. L’appui sur cette béquille se fait progressivement de plus en plus léger pour de nombreuses personnes que nous suivons. Nous considérons que le résultat ne sera là que lorsqu’une autonomie quasi complète aura été retrouvée.

 

Nous contribuons ainsi, à l’instar d’autres acteurs, à leur réinsertion socioprofessionnelle au sein de l’institution ou dans le privé.

 

 

AD AUGUSTA
www.adaugusta.fr
contact@adaugusta.fr




Pour télécharger l'article, cliquez sur le PDF ci-dessous.
logo pdf


Source : Opérations spéciales
Commentaires (1)
  • tiso
    16 septembre 2016 à 14:24 |
    Pourquoi faire la guerre à l'étranger, quand son pays est ouvert à l'invasion ?.
Poster un commentaire

Vous êtes indentifié en tant qu'invité.