CTB - Hôpital PERCY : Réponse du médecin général (2s) CARSIN au directeur de cabinet de la ministre des Armées.

Posté le samedi 30 juin 2018
CTB - Hôpital PERCY : Réponse du médecin général (2s) CARSIN au directeur de cabinet de la ministre des Armées.

Par courrier du 15/02/2018? vous me demandez de me conformer strictement «aux obligations que m’impose mon état d’officier général en 2e section» à la suite de la parution d’un texte que j’ai signé sur le site de l’ASAF, texte où j’exprimais mon indignation et mon inquiétude de voir disparaître le centre de traitement des Brûlés de l’HIA Percy


 

 

 

Le 10 avril 2018

 

Le docteur Hervé Carsin
Médecin général inspecteur 2S
Ancien chef de service du CTB Percy
Ancien  président de la SFETB
1 allée du Plein Pré
57640 Vigy

Ref : votre courrier  n° 001100 du 15 février 2018


Copies :

  • Madame la médecin générale d’armées directrice du SSA
  • Monsieur le général 2S Pinard Legry, ASAF

 

 

Monsieur le directeur de cabinet

 

Par courrier du 15 février 2018, vous me demandez de me conformer strictement « aux obligations que m’impose mon état d’officier général en 2e  section » à la suite de la parution d’un texte que j’ai signé sur le site de l’ASAF, texte  où j’exprimais mon indignation et mon inquiétude  de voir disparaître le centre de traitement des Brûlés de l’HIA Percy.

 

Emettre une opinion alors que je suis en 2e section depuis 10 ans  ne me paraît pas constituer une entorse à mon devoir de réserve  (ni un manque de loyauté  comme me le reproche la directrice du SSA) puisque je n’ai jamais été associé aux décisions qui ont présidé à la restructuration et à la reconstruction de ce service.

Puisque mes propos en tant qu’officier général en 2e section semblent vous gêner, permettez-moi de vous donner un avis de citoyen.

 

J’ai en effet consacré 28 ans de ma carrière de spécialiste des hôpitaux des armées au fonctionnement du CTB Percy (prenant un poste que personne ne voulait) comme adjoint,  j’ai ouvert un centre moderne en 1981 (celui qui a été démoli en 2014 pour faire place à l’actuel centre), j’ai participé au développement de ce centre et à celles de techniques qui ont fait progresser les soins aux Brûlés, j’ai eu l’honneur d’en être le chef de service de 1996 à 2008 ; en retraite depuis février 2008, je continue à travailler au centre des brûlés du  CHR de Metz. J’ai été successivement secrétaire général puis président de la SFETB (société savante qui regroupe les acteurs  des soins aux brûlés), expert auprès de l’AFSAPS, membre du conseil scientifique puis  du conseil d’administration de l’EFG devenu agence de biomédecine, enfin je suis conseiller scientifique de l’ABF (association qui regroupent les anciens brûlés). Je pense donc être particulièrement qualifié lorsque je parle de brûlures et de brûlés.

 

Le centre de Percy était pour tous une  référence remplissant pleinement sa fonction auprès des armées et jouant  le rôle d’un centre régional en Ile de France mais aussi national voir international pour certains patients très graves  pour lesquels il constituait le dernier espoir.  Sa restructuration pose un certain nombre de problèmes

 

On peut donc se  demander si la capacité en lits de brûlés  de la région Ile de France est suffisante et s’il est légitime de fermer des lits ou de ne pas les ouvrir.

L’APHP a ouvert en 2012 une nouvelle unité de Brûlés à l’hôpital St Louis, cette unité est le regroupement de 2 autres unités, celle de Cochin et celle de St Antoine. Cela s’est traduit par une amélioration des conditions de soins mais aussi par une diminution de la capacité en lits, celle-ci tenait compte de l’existence du centre de Percy. Les centres de brûlés sont des structures fragiles, elles peuvent être fermées partiellement ou en totalité pour des problèmes d’infection ou de travaux, il n’ y a pas eu moins de 2 fermetures du centre de St Louis depuis son ouverture.

Le nombre de brûlés graves semble diminuer sans qu’ils nous soit possible de savoir s’il s’agit d’un phénomène conjoncturel ou permanent fruit de la politique de prévention, le risque de catastrophes créant de très nombreuses victimes brûlées ( incendies, explosions, attentats…) est, lui, permanent.

 

Le SSA pourrait considérer que ce service public n’a pas à être sien et que les brûlés « ne devront pas obérer le développement d’activités plus opérationnelles  (Projet de service 2020 du SSA p 92). Cette désaffection se ressent lorsqu’on lit l’intervention de la directrice devant l’Assemblée nationale, pas une fois le mot brûlé n’est prononcé et si elle revendique l’utilisation de cellules souches mésenchymateuses dans le traitement des irradiés elle oublie de mentionner que cela n’existe que parce qu’il existe un centre de brûlés reconnu internationalement.  

Cela va à l’encontre de ce que pensent au moins 2 autres SSA celui des USA à San Antonio et celui de l’armée belge à Bruxelles. Ces 2 SSA sont des centres de référence internationale incontournables, leurs moyens sont utilisés en permanence car ils font office de centres régionaux officiels (les centres militaires français sont hors SIOS) et cette activité soutenue leur permet d’être centre de formation et de recherche.


Je vous fais grâce de l’état actuel de la filière « Brûlés » en France, sachez qu’elle est  régentée par  2 décrets d’aout 2007 et que l’on peut considérer que très peu de centres répondent à ces décrets, se trouvant de facto hors la loi. L’une des raisons est l’impossibilité de trouver des praticiens qui acceptent de se consacrer à cette discipline qui exige beaucoup sur le plan technique et sur le plan humain, où l’activité privée n’a pas de mise et où bien souvent il n’y a aucune dynamique de progrès .

La fusion du centre dans une vaste unité de soins critiques avec un nombre de lits limités est un très mauvais signal qui aboutira à une désaffection qui est déjà en cours et justifie mon indignation. Les arguments économiques qui sont opposés  doivent être bien pesés, ils dépassent le seul SSA. Les médecins ont bien du mal à lutter contre la maladie, les voici désormais obligés de lutter contre les tutelles qui sont censées les supporter.

 

Merci, monsieur le directeur, de m’avoir lu jusqu’au bout si vous l’avez fait. Je ne pense pas que mon opinion puisse influencer le cours des choses. Je suis particulièrement fier d’avoir été médecin militaire et suis désolé de voir détruire en quelques semaines ce que nous avons mis plus de trente ans à construire.

 

Soyez assuré de l’expression de mes sentiments les meilleurs

 

Pour lire l'article du médecin général Carsin paru sur le site et dans la revue ENGAGEMENT de mars 2018, cliquez sur le PDF ci-dessous.
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Diffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

Source : www.asafrance.fr

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