SYRIE : La poudrière russo-turque.

Posté le jeudi 03 mars 2016
SYRIE : La poudrière russo-turque.

Malgré le cessez-le-feu parrainé par Moscou et Washington, la concentration des forces aux abords de la frontière nord-ouest de la Syrie rend la situation extrêmement volatile. La Turquie s’appuie sur les 1 000 km de sa frontière avec la Syrie, sur les 100 000 hommes de la seconde armée, dont le QG est situé à Malatya, soutenue par les trois bases aériennes d’Adana, Erhac et Batman.

 

L’état-major turc s’est déjà préparé à mobiliser en moins d’un mois 30 % de ses effectifs terrestres en cas d’incursions sur son territoire. Les précédentes opérations en territoire syrien contre le YPG kurde démontrent que les Turcs ont déployé plusieurs dizaines de M-60 ATT/A3 et M-60 T de design israélien, ainsi que des obusiers automoteurs T-155 et M-52T d’un calibre de 155 mm. Initialement la planification turque prévoyait que deux brigades blindées ainsi que deux brigades mécanisées, représentant un total de 20 000 hommes, auraient réalisé un assaut pour créer une zone tampon de 40 km de profondeur entre les villes de Azaz et de Jarabulus, pour empêcher les Kurdes de réaliser la jonction de leurs territoires conquis à l’ouest, grâce aux Russes, et à l’est près de la frontière irakienne, grâce aux Américains.

 

L’agitation des forces armées turques a culminé, la semaine dernière, avec l’infiltration de 900 djihadistes pour s’opposer à l’avancée du YPD, mais surtout avec l’arrivée des forces spéciales saoudiennes sur la base d’Incirlik. Au cours des trois dernières années, Riyad s’est en effet particulièrement impliqué dans le conflit syrien, financièrement, mais surtout militairement, en livrant plusieurs milliers de missiles antichars au Front al-Nosra.

 

Pourtant, Moscou a adressé un message clair à Ankara en réalisant un exercice dans le Caucase, qui impliquait des unités aéroportées de blindés et de transport aérien, ainsi qu’en accordant à l’Arménie une lettre de crédit de 200 millions de dollars pour l’achat de lance-roquettes multiples, de missiles antichars et antiaériens portables. En outre, Dimitri Medvedev n’a pas hésité à déclarer au journal allemand Handelsblattque toute intervention au sol aurait pour conséquence d’enliser le conflit comme en Afghanistan ou en Libye.

Mais surtout, le dispositif russe s’est considérablement renforcé depuis l’accrochage avec Ankara qui a causé la perte d’un Su-24. Moscou a renforcé sa capacité de supériorité aérienne face aux patrouilles des 18 F-16 turcs sur la frontière syrienne, avec l’envoi de plusieurs SU-27, SU-30 et SU-35. La base russe de Khemeimeem disposerait désormais d’une cinquantaine d’appareils. Quinze minutes suffiraient désormais pour permettre aux Russes de frapper n’importe quel objectif sur le sol syrien.

En outre les patrouilles de l’IL20 et du TU-214 R de renseignement ROEM et ROIM et des bombardiers stratégiques TU-160 et TU-22 M3, qui transitent par l’espace aérien iranien, se sont multipliées. Quant au système sol-air S-400 déployé près de Lattaquié, il est capable de frapper n’importe quel aéronef jusqu’à 300 km à l’intérieur du territoire turc, comme de neutraliser les missiles antinavires Harpoon achetés par Ankara pour ses sous-marins.

 

Même si l’armée turque pilonne le YPD depuis Kilis, pour l’empêcher d’atteindre la ville frontalière d’Azaz (fief de Daech depuis 2013), Ankara aurait donc tout à perdre dans une escalade avec Moscou. Car les Russes pourraient multiplier les opérations de harcèlement depuis l’Arménie, où leur supériorité militaire est écrasante.

La position du gouvernement Erdogan est donc des plus délicates. Celui-ci a risqué l’isolement avec ses partenaires de l’Otan, pour se livrer à une politique ambiguë avec les groupes djihadistes, afin d’empêcher les Kurdes d’occuper la bande frontalière avec la Syrie. Or ceux-ci ne sont plus qu’à 100 km de la jonction qui unifiera tout leur territoire. La Turquie se retrouve désormais prise en tenaille de part et d’autre de sa frontière par le PKK. L’ouest du pays est en grande majorité kurde, et le gouvernement a les pires difficultés à y maintenir son autorité.

 

Au cours de ces derniers mois, l’armée a tenté de reprendre le contrôle sur son territoire de villes totalement gérées par le PKK, comme Ceylanpinar ou Suruç, dans le district de Diyarbakir, ainsi que la ville de Silopi, et aurait perdu, il y a quelques jours, plus de 250 hommes pour la reprise de Cizre.

Le contrôle des territoires kurdes conquis par les Turcs en réponse au traité de

Sèvres, qui a façonné les frontières du pays, n’a sans doute jamais été aussi menacé, et le gouvernement, désormais ciblé par les dénonciations du Kremlin au Conseil de sécurité, jamais aussi fragilisé.

 

 

Auteur : Rédaction TTU

 



 

Source : TTU
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