UKRAINE : La dangereuse escalade en Ukraine  

Posté le mardi 23 novembre 2021
 UKRAINE : La dangereuse escalade en Ukraine   

Les accords de Minsk de février 2015 ont mis fin à la guerre, qu’étaient en train de perdre les Ukrainiens. Mais ces accords ne se sont pas transformés en accords politiques, malgré la médiation franco-allemande.

La crise à la frontière polonaise n’est hélas pas le seul motif d’inquiétude dans l’est de l’Europe. La réalité est qu’il n’y a aujourd’hui aucune stabilité dans les anciennes marches de l’Empire russe.

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En Biélorussie, nous avons un autocrate au pouvoir, qui a triché à l’élection présidentielle de 2020, dont le régime est contesté par les forces vives de son pays, et qui a utilisé les migrants comme moyen de chantage contre l’Union européenne

En Ukraine, la situation est bien plus dangereuse, car le pays est militairement fracturé, à l’est, dans le bassin du Don, depuis l’été 2014. Un soldat ukrainien a encore été tué, le 19 novembre 2021, par des rebelles séparatistes prorusses. Cette guerre civile, qui oppose le régime ukrainien issu de la révolution proeuropéenne de Maïdan aux russophones pro-Moscou de Donetsk et Louhansk, a fait plus de 13.000 morts et 1,5 million de déplacés. Parmi les morts, figurent au moins 3000 civils. Les villes séparatistes ont été bombardées sans discernement par l’artillerie régulière ukrainienne. L’armée ukrainienne n’a jamais réussi à reprendre ces provinces rebelles car l’armée russe est venue clandestinement aider à deux reprises les séparatistes. Pourtant, à Budapest, en décembre 1994, le président Boris Eltsine avait signé un mémorandum où la Russie garantissait l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Cela peut paraître incroyable, mais nous avons toujours, dans l’est de l’Europe, un véritable front, avec des tranchées, des mortiers et des canons, qui se tirent sporadiquement dessus. C’est une situation que, même pendant la guerre froide (1948-1989), nous n’avions jamais connue sur le continent européen. Quand on se souvient du championnat d’Europe de football de 2012, on croit rêver. Certains matchs de cet Euro, organisé conjointement par la Pologne et l’Ukraine, se déroulèrent, à la satisfaction générale, dans la ville de Donetsk, dont les infrastructures avaient été modernisées. Aujourd’hui, la ville est aux mains de séparatistes, son aérodrome flambant neuf a été dévasté, son économie est en ruine.

Le pire est que cette situation peut encore dégénérer. De par sa nature même, la violence politique est très volatile, même si ce conflit reste aujourd’hui de basse intensité. Les accords de Minsk de février 2015 ont mis fin à la guerre, qu’étaient en train de perdre les Ukrainiens. Mais ces accords ne se sont pas transformés en accords politiques, malgré la médiation franco-allemande. En fait, les Ukrainiens se sentent beaucoup plus forts aujourd’hui qu’en 2015. Ils ont réorganisé leur armée ; ils ont reçu de l’aide des États-Unis ; ils ont pu acheter à la Turquie les mêmes drones que ceux qui ont donné la victoire à l’Azerbaïdjan sur l’Arménie il y a un an. Comme les Ukrainiens se sentent forts, ils ne sont plus enclins à accorder une vraie autonomie à leurs oblasts (districts) de Donetsk et de Louhansk (comptant respectivement 4,2 millions et 2,3 millions d’habitants avant la guerre). À Kiev, les politiciens font de la surenchère nationaliste. L’Ukraine a introduit, au printemps 2021, une loi qui renforce le statut de l’ukrainien comme seule langue officielle. Traiter le russe, qui est parlé par l’ensemble de la population, comme une vulgaire langue secondaire est une mesure purement idéologique. Elle justifie a posteriori les pires craintes des rebelles ukrainiens russophones.

Du côté de Moscou, les Russes ne supportent pas l’idée que l’Ukraine pourrait devenir un immense porte-avions américain à quelques encablures de chez eux. La Russie a toujours eu un complexe obsidional. Ayant été envahie, depuis l’ouest, successivement par les Polonais, les Suédois, les Français et les Allemands, la Russie veut des zones tampons. Étymologiquement, le mot Ukraine signifie « périphérie ». C’est avec la bénédiction du président russe Eltsine que l’Ukraine est devenue légalement, en 1991, un État indépendant de Moscou. Mais, aux yeux de l’establishment militaire russe, l’Ukraine, en se rapprochant politiquement de Bruxelles, a transgressé son statut « naturel » de zone frontalière neutre.

Vladimir Poutine avait réalisé un beau coup de politique intérieure en récupérant, sans effusion de sang, la Crimée. La population y est très majoritairement prorusse et il n’était pas question pour lui de risquer que le port de Sébastopol tombe aux mains de l’Otan. Mais, en s’attaquant au Donbass, il a commis une faute stratégique. La Russie n’y a récolté que des ruines industrielles et des ennuis avec les Occidentaux.

La France et l’Allemagne doivent relancer leur rôle de médiateurs dans cette guerre fratricide, en demandant des gestes de bonne volonté aux deux parties. La tâche est difficile, ingrate. Ce n’est pas une raison pour y renoncer. Car les enjeux sont immenses pour l’avenir du continent européen.

 

Renaud GIRARD
Figarovox
22/11/2021

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Source : www.asafrance.fr