Les guerres lancées par Israël au Proche et au Moyen-Orient monopolisent à juste titre l’attention des chancelleries, des états-majors et des opinions publiques dans nos pays européens. Pourtant une guerre technologique de haute intensité continue de ravager nos marches orientales. Elle secoue et bouscule nos gouvernements. Elle oblige à revoir les priorités d’investissement. Elle impose à nos armées comme à nos industries une complète remise en question de l’organisation, du volume, des équipements et dotations et des missions des armées françaises comme européennes.
Il serait mal-avisé de trop regarder vers le sud de la Méditerranée quand la guerre d’Ukraine, sur fond de négociations, prend un visage nouveau; et qu’il ne faudrait pas exclure des surprises stratégiques majeures qui pourraient se produire, d’un côté comme de l’autre, dans les prochains mois.
GCA (2s) Robert Meille
Les Objectifs stratégiques
A la veille du quatrième été de la guerre, les objectifs stratégiques des belligérants ont beaucoup évolué .
Le pouvoir moscovite semble confronté à des difficultés croissantes d’ordre économique et financier avec une inflation inquiétante, à l’assèchement du recrutement compensé par des offres de primes incroyables et non soutenables dans la durée et à l’apparition de doutes dans les fractions urbaines éduquées sur la guerre. Dans ce contexte, il s’agirait désormais de consolider les gains territoriaux acquis depuis 2022, de créer des « zones tampons » le long de la frontière ukrainienne pour empêcher toute reprise d’initiative de Kiev, et de renforcer la ligne défensive par un système d’artillerie, notamment autour des installations et villes-clés. Tout en continuant de pilonner les villes ukrainiennes proches du front avec de l’artillerie sol-sol à longue portée et à affaiblir le tissu énergétique et industriel ukrainien avec leur « artilleries volante » de drones, missiles et bombes planantes .

Carte Ukraine
De l’autre côté, l’Ukraine fait mieux qu’endiguer la poussée russe. Les forces ukrainiennes manquent certes d’hommes mais elles se sont professionalisées à très haut niveau. Elles résistent avec vigueur et paraissent même reprendre l’initiative dans certains domaines et secteurs. Leur objectif pourrait être de faire échec à la manoeuvre russe d’encerclement stratégique du Donbass non occupé et de fragiliser le système logistique russe en frappant l’arrière‑pays. La question d’une nouvelle contre-offensive estivale, en vue de reprendre du terrain avant l’automne, reste pendante.
L’immobilité actuelle du front traduit l’équilibre global, actuel du rapport des forces
Avec son artillerie et capacités de frappe , l’Ukraine dispose d’un avantage opératif grâce aux livraisons de systèmes à longue portée (HIMARS, SCALP)) et à la précision de ses munitions guidées. Elle a contraint les convois et les bases russes à se disperser, même très en arrière du front.
La Russie compense son déficit qualitatif par un afflux constant d’engagés recrutés à coup de primes, des soldats auxiliares nord-coréens et d’autres pays et des renforts mécanisés. Mais ceux‑ci montrent une combativité douteuse, une mobilité faible et de graves lacunes de coordination interarmes face à une défense ukrainienne solidement retranchée.
Cette évaluation générale doit être étayée par une analyse plus fine des situations tactiques par secteur du front.
Ce sera l’objet d’un autre papier
Avec l’aimable autorisation de Laurent LE MENTEC, qui nous permet la publication et la réutilisation d’une partie de ses études, particulièrement pointues, des fractures actuelles du monde.


