Le GCA Bruno BARATZ est le chef du Commandement du Combat Futur (CCF) de l’Armée de Terre Il rappelle dans le post suivant combien l’IA est devenue essentielle dans la préparation et la conduite de la bataille.
Une bonne occasion pour nous de rappeler notre compréhension nationale de l’IA en matière de défense et les efforts qui sont déployés pour se doter des outils techniques nécessaires.
GCA Bruno BARATZ:
» Il est clair que l’intelligence artificielle (IA) est de venue incontournable dans nos opérations militaires.
Le passage de l’IA dite « symbolique », faite d’algorithmes de calculs à une IA dite « connexionniste » inspiré par le cerveau humain et ses réseaux neuronaux a marqué une accélération significative dans l’apparition d’armes de plus en plus autonomes.
Pour autant, les machines ne sont pas devenues des entités qui pensent par elles-mêmes. Elles suivent un comportement programmé, avec pour l’instant plus ou moins de succès. Cette autonomie s’est imposée dans les systèmes de défense anti-missiles car le délai de réaction face à une telle menace impose de s’affranchir de la décision humaine.
Aujourd’hui, la guerre en Ukraine a vu apparaître sur le front des armes offensives disposant d’une forme d’autonomie. C’est le monde qui nous attend. Nous devons nous préparer à faire face à ces nouvelles armes que des adversaires pourraient utiliser.
L’IA est déjà présente dans nos systèmes et offre de grandes marges de développement dans de nombreux domaines, tels que le commandement et le contrôle (C2), la connectivité, l’aide à la décision et à la rédaction, l’optimisation des chaînes logistiques voire la sélection et l’aide au recrutement
Elle permet déjà d’améliorer l’efficacité des armements comme dans la lutte anti drone avec le système PROTEUS ou encore coordonner des essaims de drones notamment lors des travaux avec Icarus à CAPSTONE 5. L’IA nous permet également d’améliorer la transparence, la létalité et la protection de nos forces.
Néanmoins, qu’il s’agisse de systèmes défensifs ou offensifs, au commencement il y a bien une volonté humaine d’engager les hostilités.
En outre, le but d’une guerre est bien d’obtenir un avantage stratégique, lequel se traduit souvent par le contrôle d’un espace géographique. Or, si des machines peuvent frapper et détruire des objectifs, elles ne peuvent pas contrôler des espaces, même faiblement peuplés.
L’engagement de soldats constitue le seul moyen pour cela. Les forces terrestres demeure le seul moyen de marquer la détermination de la Nation à remporter la victoire. » Source CCF
Le commentaire de la rédaction: Dans le domaine de la défense, l’ IA, enjeu majeur de souveraineté, est déclinée en France en trois volets : l’IA des opérations, l’IA embarquée et l’IA organique. Il est utile d’en rappeler les définitions.
L’IA des opérations permet au commandement de mieux comprendre, d’anticiper et de décider plus vite que l’adversaire.
L’IA embarquée est celle du combat collaboratif infovalorisé. Embarquée dans un autodirecteur de missile, elle garantit l’action/réaction en temps réel. Au coeur du combat aéroterrestre de demain, elle fait circuler l’information en temps réel entre tous les combattants à tous niveaux, tous interconnectés. Elle devient un levier indispensable de l’adaptation rapide à un environnement opérationnel évolutif et en accélération constante
L’intelligence artificielle de l’organique est celle liée à l’administration dont les ressources humaines, les finances, l’infrastructure et la santé. Cette IA est identique à celle mise en oeuvre dans l’industrie ou l’administration.
La maîtrise des technologies de l’IA s’est très rapidement imposée comme un enjeu de souveraineté majeur. Elle permet en effet de ne pas dépendre d’autres puissances pour stocker et structurer les données fournies par la multiplication des capteurs.
Pour cette raison, la création de l’agence ministérielle pour l’IA de défense (AMIAD) a été décidée en mai 2024. En cette année 2025, la France est désormais dotée du plus puissant supercalculateur classifié dédié à l’IA en Europe.
En conclusion, ne pas s’adapter à l’IA serait de fait refuser l’avenir qui devient dès à présent une réalité palpable. Il nous faut aussi être attentifs aux évolutions très rapides du secteur avec l’irruption imminente de l’informatique quantique qui va multiplier d’un facteur 10 la puissance et la rapidité de calcul de l’IA d’aujourd’hui !


