Le discours du général Mandon devant les maires de France mérite mieux que les polémiques qu’il a suscitées. À l’heure où l’on commente des bribes sorties de leur contexte, il faut revenir à la réalité de son message : un diagnostic lucide sur un monde redevenu dangereux, et un appel à la responsabilité collective. Le CEMA n’a pas cherché à effrayer, mais à rappeler une évidence que l’on refuse souvent d’entendre : la paix n’est jamais acquise, et notre époque le démontre chaque jour.
Devant les élus, il a décrit sans détour une situation internationale qui se dégrade : usage désinhibé de la force, guerre en Ukraine qui perdure, terrorisme qui regagne du terrain au Sahel, rivalité stratégique entre les États-Unis et la Chine, instabilité persistante au Moyen-Orient. À cela s’ajoute une donnée essentielle : la Russie, loin de s’affaiblir durablement, accélère son réarmement. En 2030, elle pourrait aligner deux millions de combattants et consacre déjà une part colossale de son économie à son industrie de défense. Ce constat, loin d’être isolé, est partagé à Bruxelles, Berlin, Varsovie et dans de nombreux états-majors européens.
Dans cette perspective, le CEMA rappelle que la France et l’Europe n’ont plus le choix : un réarmement sérieux est indispensable. Pas un réarmement rhétorique, mais concret, fait de décisions budgétaires, d’investissements industriels et d’une reconstruction de l’esprit de défense. Il ne s’agit pas de faire peur, car la peur est la pire méthode pour convaincre. Il s’agit de dire la vérité : si l’Europe reste unie, elle est plus forte que la Russie. Si elle montre sa détermination, Moscou cherchera ailleurs la vulnérabilité. Mais cette force suppose un socle : une population prête à soutenir ses armées et à comprendre ce que signifie réellement la défense collective.
La polémique sur l’expression « perdre nos enfants » a détourné l’opinion de cette réalité. L’intention était pourtant claire : rappeler que ce sont les jeunes militaires engagés qui, dans un conflit de haute intensité, seraient les premiers exposés. Rien que de très évident pour qui connaît la mission des armées. Réduire un discours de trente minutes à cette seule formule, c’est ignorer la gravité de l’enjeu et le sens profond de son intervention.

Le général Mandon a également insisté sur un aspect souvent oublié : la force de nos armées repose sur l’arrière, c’est-à-dire sur les communes de garnison, sur les familles, sur la solidarité quotidienne qui permet aux soldats de partir l’esprit libre. Inscriptions scolaires, emploi des conjoints, logement, crèches : voilà ce qui conditionne le moral et la fidélisation. Les maires ont ici un rôle déterminant, eux qui voient la défense non comme une charge, mais comme un moteur : emplois locaux, maintien de classes, dynamisme économique. Chaque euro investi dans la défense en rapporte 1,65 : la souveraineté n’est pas un coût, c’est un investissement.
Enfin, une question implicite traverse le débat : si la patrie devait réellement faire face à une menace majeure, la charge reposerait-elle uniquement sur les militaires ? Que demanderait-on à la jeunesse dans son ensemble ? Comment associer les millions de jeunes Français, mais aussi les étrangers qui vivent sur notre sol, à un effort de défense véritablement national ? Ce débat n’a pas encore eu lieu, mais il devra être posé avec sérieux, loin des indignations instantanées. C’est le défi de l’ASAF.
Le message du CEMA, au fond, tient en une ligne claire : il faut retrouver la volonté de se protéger. L’unité européenne, la cohérence nationale et la lucidité stratégique seront les seules barrières crédibles contre l’embrasement. La paix ne se décrète pas ; elle se défend, ensemble.
Le bureau de l’ASAF
Pour revoir le discours du GAA Mandon du 18 novembre 2025, https://www.youtube.com/watch?v=4eA4js-Tcw4
crédits images : capture écrans Youtube


