Les armées ont défilé, l’association de soutien à l’armée française – ASAF les salue fraternellement.
« Nos horloges sonnent l’heure du courage, Et le courage ne nous abandonnera pas »
Anna Akhmatova -1942
Une fois encore, la commémoration de la fête du 14 juillet 1790 sur le Champ de Mars sera l’occasion de célébrer la nation unie dans sa diversité, autour de ses armées, dans un contexte de très grande tension internationale et d’incertitudes internes.
Une partie de la 7ème brig
ade Blindée défilera, sur pied de guerre, quelques semaines avant sa projection en Roumanie.
A la différence du 11 novembre et du 8 mai, la fête nationale est étroitement liée aux évènements de 1789 et 1790. Un an après la prise de La Bastille, symbole de l’arbitraire royal, La Fayette organise une fête de la fédération et de l’unité des Français, autour de délégations des gardes nationaux venus de toutes les provinces françaises. C’est l’affirmation d’une nation régénérée, fédérée par libre choix, s’appuyant déjà sur ses hommes-en-armes.
Le 6 juillet 1880, Raspail obtient de consacrer par la loi la date du 14 juillet comme fête nationale: c’est l’enracinement de la nation des citoyens dans la République naissante.

Dans quelques heures, sur les Champs-Elysées et dans les airs – mais aussi dans nombre d’autres lieux en France – nos femmes et hommes-en-armes présenteront leurs armements et leurs équipements. Moment de fierté. Mais moment spécial où chaque citoyen est implicitement appelé à renouveler son allégance de citoyenneté par choix dans la République. Un moment où chaque soldat et chaque Français dans le public ou devant sa télé peut in petto vérifier son lien au pays et son engagement à le protéger, le cas échéant, à le défendre.
14 juillet – Bastille Day – Fête National- Défilé des Armées de la France
Images capture écran TF1

Le soutien de la nation est à la racine de la force morale de nos armées et du sens donné à leur engagement, deux facteurs essentiels du succès de nos armes et de l’efficacité des forces de sécurité.
14 juillet – Bastille Day – Défilé des Armées de la France
Images capture écran TF1

A nous autres, réunis par la volonté de défense de la France, il nous revient donc d’utiliser ce temps de fête nationale pour affirmer notre soutien. En rappelant la double urgence présente auprès de nos contacts et par nos actions de terrain (pas simplement par des postures),: sortir des confortables illusions d’un monde qui serait maintenu stable et sûr par la seule dissuasion nucléaire; par conséquent, poursuivre et accélérer l’effort d’investissement massif pour notre défense.
Car les menaces se précisent et se diversifient. En Afrique et au Moyen-Orient, la résilience des groupes terroristes, l’instabilité politique, la contestation des frontières , la course à l’eau et aux terres rares. A l’Est de l’Europe, la volonté du pouvoir moscovite de vassaliser le voisin ukrainien et d’affaiblir l’OTAN et l’UE. Sur le territoire national même, la menace terroriste, l’entrisme frériste, l’explosion des narcotraffics, les attaques des officines cyber et de désinformation.
Dans ce contexte stratégique bouleversé, dire et répéter l’impossibilité de se résigner à un abandon définitif de l’Afrique ou à un éventuel échec européen en Ukraine. Non-options qui consacreraient la division de l’Europe, l’abandon de nos amis et de nos intérêts au Sud, quatre-vingt millions d’Européens à l’Est menacés à terme de retomber dans l’aire d’attraction russe. Donc marteler qu’un nouvel « abandon des Sudètes » est exclu et qu’il nous faut bien être prêts à aider nos alliés et nos amis dans le cadre de l’Alliance atlantique, du traité de Lisbonne ou des accords bilatéraux signés.
A nous autres encore de rappeler qu’une guerre sans limites nous est faîte aujourd’hui. Elle multiplie les modes d’action de force: guerre de désinformation massive dans les Drom Comm ou en Afrique, voire en métropole; attaques cyber de pénétration ou de saturation; activation de relais de propagande, soit par des entités issues de gouvernements vassaux soit par des officines à trolls; déploiements de sociétés militaires privées; menaces dangereuses sur notre flotte de satellites spatiaux; manoeuvres hostiles aériennes, navales ou sous-marines, etc.
Il nous revient donc d’intervenir auprès des élus, des responsables politiques amis et du public pour dire que certes la France a eu le courage, depuis 2017, de commencer à se réarmer avec un budget en hausse de plus de 40% en 8 ans et des premiers effets bien visibles.
Mais que l’effort demeure insuffisant en face du retour de la guerre multifactorielle à bas bruit qui nous cible en tant qu’objectif majeur en Europe et de l’éventualité d’une nouvelle guerre interétatique de haute intensité. Souligner aussi qu’il reste trop lent, peut-être trop timide à cause des blocages persistants de la base industrielle de défense, non préparée à la production de masse en série. Montrer enfin que la fragmentation actuelle du pilotage du réarmement entre de multiples centres de décision, certes conformes aux règles du temps de paix, est mal adaptée à la gestion de crise, malgré les immenses efforts du ministère des armées et des états-majors, quand la crise demanderait au contraire un commandement unique.
C’est enfin en ces heures de communion nationale qu’il faut aussi poliment alerter sur l’inquiétant décalage entre la trajectoire budgétaire votée et la réalité des comptes. Les retards de paiement des armées assèchent la trésorerie des entreprises, grandes ou petites. Des études sont financées sur fonds propres, sans visibilité sur le soutien ultérieur de l’Etat; des prestataires, fournisseurs ou transporteurs attendent d’être payés, bien au delà des délais légaux. Les reports de charge traditionnels auraient ainsi doublé en 2025 atteignant plus de 15% du budget annuel,soit 8 milliards!

Aujourd’hui les menaces sont identifiées et désignées. Un réarmement est en cours pour y faire face. Mais il est lent et lourd sur un continent où il faut bien admettre la Russie joue la partition du rapport de forces, de l’intimidation et de la peur et où les Etats-Unis, certes alliés dans l’OTAN, s’éloignent de l’Europe.
Ces puissances ou nos autres compétiteurs n’attendront pas que nous soyons prêts.
Rappelons une fois de plus que l’investissement de défense, ce n’est pas de l’argent pour la guerre mais seulement un investissement de long terme pour convaincre nos principaux « compétiteurs » de la folle inutilité de nous faire une guerre, sous quelque forme que ce soit.
GCA(2S) Robert Meille
Source photos : 14 juillet – Bastille Day – Fête Nationale- Défilé des Armées de la France
Images capture écran TF1


