Quand les récits deviennent des armes géopolitiques: la guerre d’influence.

Faire face à cette nouvelle guerre déjà chez nous, aujourd’hui.

Les conflits contemporains ne se limitent plus à l’affrontement armé : ils se mènent aussi par les récits, les idées, les algorithmes et les images. Cette nouvelle forme de confrontation, appelée guerre d’influence, utilise l’information comme une arme géopolitique à part entière.

L’influence : l’outil est ancien, les moyens inédits.

L’influence désigne la capacité d’un État à modeler les opinions, les décisions et les valeurs au-delà de ses frontières. Ce phénomène n’est pas nouveau : les grandes puissances ont toujours exploité leur culture, leur modèle politique ou leurs médias pour rayonner à l’international.

Ce qui change aujourd’hui, c’est l’intensité et la diversité des moyens déployés. On distingue généralement deux formes d’influence :

Le Soft Power (« puissance douce »), qui repose sur l’attraction et la séduction : films, universités, marques, valeurs.
Le Sharp Power (« pouvoir tranchant »), plus agressif, qui recourt à la désinformation, à la manipulation ou à l’intimidation.

Concrètement, un média international, un think-tank financé par une puissance étrangère ou une campagne virale sur TikTok ou YouTube peuvent devenir des instruments d’influence, semant le doute, créant des divisions ou fragilisant des démocraties.

La guerre des récits est désormais un champ de bataille à part entière

Les grands acteurs de la guerre d’influence moderne.

Plusieurs pays se distinguent par leur activisme dans ce domaine :

Les États-Unis, champions historiques du Soft Power, exportent depuis des décennies leurs valeurs et leur mode de vie via Hollywood, Netflix, les universités ou les fondations comme celle de Bill Gates.
La Chine et la Russie investissent massivement dans des outils d’influence.
Pékin mise sur ses instituts Confucius, ses médias (CGTN, Global Times) et sa diplomatie économique (Nouvelles routes de la soie).
Moscou utilise des chaînes comme RT ou Sputnik, des « fermes à trolls » et des campagnes de désinformation ciblées, notamment en Afrique et en Asie.
La Turquie, le Qatar ou les Émirats arabes unis cherchent également à peser sur les récits régionaux.
Même la France participe à cette dynamique, via des instruments comme France 24, RFI ou son réseau culturel à l’étranger.

Une nuance de taille s’impose toutefois: les régimes autoritaires contrôlent et centralisent leurs récits, alors que les démocraties doivent composer avec la liberté de la presse et la diversité des opinions, qui ne relaient pas toujours le message souhaité par les autorités.

Quelques exemples récents:

Ces opérations ont une place majeure dans la stratégie des belligérants. Leurs conséquences peuvent être déterminantes

En Afrique, les manifestations anti-françaises au Mali, au Burkina Faso ou au Niger, parfois spontanées, ont aussi été amplifiées par des campagnes numériques massives orchestrées depuis l’étranger, notamment par des acteurs liés à la Russie et au groupe Wagner.
Dans les crises internationales (guerre à Gaza, conflit en Ukraine), chaque camp mène sa propre
guerre des images : vidéos virales, témoignages, récits concurrents.
L’enjeu n’est plus seulement de vaincre militairement. Il faut aussi  gagner l’opinion publique.

Se défendre face aux opérations d’influence ?

Dans nos démocraties, la tâche est complexe, car elle touche à des principes fondamentaux : liberté d’expression, pluralisme, démocratie. Impossible de tout censurer ou de tout contrôler dans un État de droit.

Plusieurs pistes existent néanmoins :

Identifier les sources : qui finance un média ? Qui anime un compte ? Qui diffuse une rumeur ?
Renforcer l’éducation aux médias : dès l’école, apprendre à repérer les fake news, croiser les sources, développer l’esprit critique.
Investir dans des récits positifs et crédibles : la meilleure défense contre l’influence toxique reste une influence légitime et cohérente.

En conclusion.

La vérité est l’arme ultime.

Dans un monde saturé d’informations, celui qui raconte le mieux l’emporte. Face à la guerre des récits, l’alliance du fond et de la forme, au service de la vérité, reste la stratégie la plus puissante.

À chacun de cultiver cette exigence pour être à la fois entendu et crédible.

 La guerre d’influence par GCA(2S) Jacques LECHEVALLIER