Chaque début d’année, le président présente ses vœux. Aux Français, aux corps constitués, et, rituellement, en tant que chef des Armées, aux armées. À Istres, Emmanuel Macron n’a pas dérogé à l’exigence liturgique : décor martial, ton grave, lexique musclé. Le monde est dangereux, la France menacée, l’histoire tragique. Jusque-là, rien de neuf sous le casque.

La communauté de défense a toujours été bon public. Une pluie de milliards la régénère et lui fait oublier ses petites misères quotidiennes. Car elle ne demande qu’à croire. Elle est même disposée à l’enthousiasme. Toutefois, elle reste sensible aux preuves d’amour plus qu’aux promesses. Mais pourquoi pas aux miracles ? Mobilisation générale, au pays des promesses.

Pour être libres, il faut être craints. Pour être craints, il faut être puissants. Pour être puissants, il faut faire plus vite et plus fort. On aime ces formules à la Bigeard, courtes, viriles, définitives. Pourtant, l’expérience personnelle du soldat rappelle une vérité moins commode : l’effort vient toujours en premier, la force suit lentement, au prix de beaucoup de souffrance, et il est souvent imprudent de la proclamer avant de l’avoir prouvée. D’abord agir, ensuite parler. D’abord réarmer, ensuite dissuader.

Le chef de l’État a évoqué une « décennie de réarmement », une « économie de guerre », la nécessité d’accélérer et de massifier. La France serait engagée dans une course contre la montre stratégique. Cette fois, la critique vise l’industrie de défense. En fustigeant publiquement ses lenteurs, le président feint d’oublier que ces mêmes industriels travaillent depuis des années sous contrats âprement négociés, dans un cadre budgétaire contraint, instable, soumis à des arbitrages politiques souvent contradictoires. Leurs coûts sont audités par la DGA, leurs marges décrétées. Nos industries voudraient monter au front mais gardent aux pieds, comme un boulet, les règles administratives, sociales et financières du temps de paix.En somme, on exige une « économie de guerre » sans lever les obstacles réglementaires, sans sécuriser durablement les commandes, sans concrétiser budgétairement l’ambition affichée : c’est vouloir la guerre… mais sans les contraintes qui vont avec.

L’unité nationale est rappelée, comme une évidence. La cohésion doit être le socle, l’effort partagé une nécessité, le service national pourrait ainsi devenir une bonne réponse. L’idée mérite mieux que le slogan : elle peut contribuer à recréer du lien, du sens, un minimum de culture commune. Mais le défi est bien celui du passage à l’échelle. Comment forger une cohésion durable dans une société fragmentée par la défiance, l’individualisme, la fatigue démocratique, et l’inégalité des efforts demandés ? Le doute s’impose, non par pessimisme, mais par lucidité. La cohésion ne se décrète pas, elle se construit, lentement, et souvent à contre-courant.

La communauté de défense demeure attachée aux rites et aux symboles. Elle sait goûter les formules martiales et respecter la fonction. De ce grand discours du Président de la République, chef des Armées, elle voudra surtout retenir une vision claire, constante, assumée dans le temps long. Elle est fière et déterminée. Elle ne lâchera rien de son idéal pour la France, du souvenir de ses anciens, ni de son goût du panache.

Elle rêve simplement que, cette année, les vœux cessent enfin d’être pieux.

VAE (2S) Xavier Païtard