Le programme SAFE: 150 milliards d’euros pour réarmer l’Europe

Le 27 mai dernier, le Conseil de l’Union européenne a définitivement adopté un règlement mettant en place le fonds « SAFE » de 150 milliards d’euros, afin de financer en commun des achats et projets d’armement européens. 

Le 9 septembre, la Commission européenne a dévoilé la répartition provisoire des 150 milliards d’euros d’assistance financière auxquels les États membres de l’UE peuvent prétendre pour accroître leurs capacités de défense. 19 pays y ont fait appel, dont la France.

Le fond SAFE (Security Action for Europe)

Les ministres des Affaires européennes des pays membres de l’Union, à l’exception de la Hongrie, ont approuvé « l’un des plus ambitieux plans de financement de défense que l’Union européenne ait jamais lancé« .

Ce fonds, baptisé SAFE avait été présenté le 4 mars 2025 par la présidente de la Commission européenne, dans le cadre d’un plan de 800 milliards d’euros pour renforcer la défense du Vieux Continent. L’initiative SAFE est censée notamment répondre à la menace constituée par la Russie. Elle a été soutenue par 26 des 27 pays membres. La Hongrie s’est abstenue.  

Les 150 milliards d’euros débloqués  sont une étape importante vers l’autonomie stratégique européenne. Ce programme permettra d’effectuer des achats communs comprenant munitions d’artillerie, missiles, drones, systèmes de défense aérienne, avions de transport militaire, mais aussi systèmes de cyberdéfense et d’intelligence artificielle.

Le fonds SAFE doit également permettre aux États membres et à des pays tiers associés  d’emprunter à long terme à un taux préférentiel afin de commander, avec au moins un autre État partenaire, des équipements dans le cadre d’appels d’offres simplifiés et accélérés.

La Commission européenne a invoqué la clause d’urgence prévue à l’article 122 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne pour contourner le Parlement. Les négociations sur le texte final de SAFE sont donc passées directement au Conseil. Cette clause d’urgence permet d’adopter « des mesures appropriées à la situation économique, en particulier si de graves difficultés surviennent dans l’approvisionnement en certains produits« . 

Les réactions des participants au Conseil ont été enthousiastes. Cette décision de la Commission avait toutefois provoqué de fortes réactions: la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola,  menacant « de poursuivre le Conseil en justice« . Le Parlement avait deux mois pour déposer un recours et la Cour de justice de l’Union européenne a deux ans pour se prononcer.

Note: l’ASAF ignore si une procédure a été ouverte

Comment fonctionne SAFE ?

Le mécanisme SAFE (Security Action for Europe) a été présenté dans le cadre du plan « Readiness 2030 » (« État de préparation pour 2030 »), un paquet de mesures dotant les États membres de leviers financiers pour investir dans leurs capacités de défense et assurer leur propre sécurité.

Il se décline sous forme de prêts à long terme, accordés par la Commission européenne à des taux préférentiels. SAFE permet aux États d’effectuer des acquisitions conjointes d’armements avec au moins deux pays participants, dont un membre de l’UE.

Le programme vise à protéger la souveraineté technologique de l’UE. Ce plan privilégie clairement l’industrie de défense européenne. Pour être éligibles au fonds, les projets d’armement devront comporter au minimum 65% de composants provenant d’entreprises basées dans l’UE, dans  un pays de l’Espace économique européen ou de l’Association européenne de libre-échange, comme l’Ukraine, l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse ou encore de pays tiers ayant conclu un accord international avec l’UE : Moldavie, Albanie, Corée du Sud et Japon. Le programme prévoit néanmoins une participation encadrée de ces industriels non européens, limitée à 35% de la valeur des achats.  

En plus de s’ouvrir aux pays signataires d’un partenariat de défense et de sécurité avec l’UE, l’Union s’est rapprochée du Royaume-Uni. Le 19 mai dernier, le premier sommet entre l’UE et le Royaume-Uni depuis le Brexit est parvenu à un accord de partenariat similaire qui permettra, après d’ultérieures négociations, aux Britanniques d’être intégrés au programme.

Les pays bénéficiaires des 150 milliards de prêts de SAFE 

Mardi 9 septembre, alors que la Russie intensifie son offensive contre l’Ukraine etvient d’effectuer une grave provocation sur le territoire polonais,  la Commission européenne a dévoilé la répartition des 150 milliards de SAFE pour booster l’industrie de défense du Vieux Continent. Cette nouvelle enveloppe doit permettre d’investir dans des domaines clés : défense antimissile aérienne, drones, munitions, mobilité militaire…

La Pologne est lapremière bénéficiaire, avec 43 milliards d’euros lui étant destinés. Elle est suivie de près par la Roumanie (16,7mds), la France (16,2 mds), et l’Italie qui devrait recevoir 14,9 mds. Bien qu’elle n’ait pas signé SAFE, la Hongrie devrait bénéficier de 16 mds. Les pays Baltes obtiennent des financements  assez importants, plus élevés que ceux du Danemark ou la Finlande par exemple.

Crédits : Eva Laude / Toute l’Europe

Selon la Commission, le programme SAFE a « suscité un vif intérêt » depuis sa présentation le 27 mai dernier : « 19 États membres ont exprimé leur intention d’y participer et ont sollicité un soutien excédant le budget disponible« .

Les pays ayant demandé des fonds devront maintenant finaliser leur demande et l’envoyer à la Commission européenne avant le 30 novembre. Les prêts finaux devront ensuite être approuvés par le Conseil européen.