LIBRE OPINION d'Hélène NOUAILLE. Frappe américaine en Syrie : TRUMP s’offre un coup d’éclat.

Posté le dimanche 09 avril 2017
LIBRE OPINION d'Hélène NOUAILLE. Frappe américaine en Syrie : TRUMP s’offre un coup d’éclat.

« Quel intérêt aurait eu Bachar el-Assad à utiliser des armes chimiques mardi matin à Khan Cheikhoun alors que les Américains avaient abandonné le préalable de son départ ? En revanche, ses opposants y ont tout intérêt… » nous écrit une lectrice. Bonne remarque : l’Office syrien des droits de l’homme lui-même (OSDH, officine tenue par un opposant au régime depuis Londres, Rami Abdel Rahman (1)) ne disait pas mercredi matin, selon le Figaro « qui est responsable de l’attaque » qui a fait « au moins 72 morts », dont « 20 enfants et 17 femmes » selon un bilan provisoire (2). Attention, prévenait de son côté l’essayiste Alexandre del Valle, en ce qui concerne la Syrie, « il y a une campagne de désinformation, une guerre psychologique, sur laquelle s’appuient tous ceux qui étaient opposés à la nouvelle doctrine de l’administration américaine » annoncée par Donald Trump (3). Position partagée aux Etats-Unis par le Républicain Ron Paul (4) : « Il semble que quelqu’un n’aime pas cette nouvelle doctrine ». L’attaque ? « Qui en profite ? (…) Ce sont les néoconservateurs qui en sont formidablement bénéficiaires, parce que (cette attaque) fait dérailler les progrès qui ont déjà été faits vers un apaisement de la situation en Syrie ». D’autant que « cinq jours avant cette attaque, le Secrétaire d’Etat Rex Tillerson avait déclaré : ‘Le statut à long terme du président Assad sera décidé par le peuple syrien’, ce qui impliquait un virage clair dans la politique étrangère américaine écartant un changement de régime en Syrie ». 

 

Même questionnement pour le grand reporter Georges Malbrunot le 7 avril, dans le Figaro (5) : « Le régime syrien et son allié russe ont rejeté en bloc les accusations des pays occidentaux sur l’attaque chimique présumée en Syrie. Accès d’autisme de Bachar el-Assad ? Pouvoir devenu complètement irrationnel ? Ou bien coup de force des durs de l’appareil militaro-sécuritaire ? Le doute persiste sur les motivations qui auraient poussé Damas – la preuve n’en ayant pas encore été apportée – à lancer cette nouvelle attaque chimique qui met Assad en porte-à-faux vis-à-vis de son allié russe, au moment où les Etats-Unis ne faisaient plus de son départ une priorité ». Et d’ajouter qu’un diplomate onusien très introduit auprès du pouvoir syrien s’est dit lui même « très surpris par le calendrier de cette attaque »…

 

Appels à la prudence restés lettre morte : Donald Trump a donné l’ordre de bombarder une base syrienne du gouvernorat d’Homs (Chaayrate, d’où seraient partis les avions qui ont bombardé un entrepôt à Khan Cheikhoun) dans la nuit du 6 au 7 avril (0H45 GMT), suscitant un déluge de réactions très contrastées aux Etats-Unis : « Alors que de nombreux élus Républicains et Démocrates du Congrès ont apporté leur soutien à la décision de Donald Trump, certains ont dénoncé le côté anticonstitutionnel de l’initiative : en effet, le président n’avait pas demandé l’autorisation du Congrès pour effectuer cette frappe, comme l’exige la loi » signale Claire Tervé pour le Huffington Post (6). Ron Paul, mais aussi le républicain Justin Amash, le démocrate Ruben Gallego, la démocrate Barbara Lee et d’autres s’interrogent : « Quelle est la stratégie ici ? Quel est le but final ? Pourquoi fallait-il que l’on frappe aujourd’hui ? ». Ou encore : « Les frappes aériennes sont un acte de guerre. Les atrocités commises en Syrie ne peuvent justifier de s’écarter de la Constitution qui confère au Congrès le pouvoir de commencer une guerre ». Mouvement d’émotion précipité de la part du président américain ? Non, Répond Gregory Rozieres pour le même Huffington Post (7)« des tractations et de multiples réunions pour définir cette réponse ont été organisées, selon la presse américaine. Selon le Washington Post, qui cite le conseiller à la sécurité nationale H.R. McMaster, trois options militaires différentes ont été proposées à Donald Trump ».

 

Et, d’après le New York Times, qui cite des sources militaires, Donald Trump aurait choisi « l’attaque avec les conséquences les plus limitées, parmi les options qui lui ont été présentées par le Secrétaire à la Défense Jim Mattis ». 

 

Conséquences limitées ? Selon ce que l’on peut savoir par les agences de presse, les Russes avaient été prévenus de l’imminence de l’attaque afin de retirer leur éventuel personnel militaire. Le bilan provisoire est de six morts pour l’armée syrienne. De son côté, le ministre syrien de l’information Ramez Turjman, cité par le quotidien libanais l’Orient le Jour (8), se fait rassurant : « Je pense que cette frappe est limitée dans le temps et dans l’espace et qu’elle était prévisible », ajoutant : « Je ne m’attends pas à une quelconque escalade militaire ». Pour sa part, le porte-parole de Vladimir Poutine a fait savoir (9) que le président russe « qualifie les frappes américaines en Syrie d’agression contre un Etat souverain, violant la loi internationale en usant d’un prétexte artificiel ». Dimitri Peskov a ajouté « que l’armée syrienne ne disposait pas d’armes chimiques et rappelé que la destruction de tous les stocks d’armes chimiques syriennes ‘avait été réalisée et confirmée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, une branche spéciale de l’ONU’ ». Et que, d’après Vladimir Poutine, « le fait d’ignorer complètement l’utilisation d’armes chimiques par les terroristes ne fait qu’aggraver la situation ». Il est trop tôt pour anticiper la position des Russes après cet épisode : mais l’agence Tass annonce que Moscou suspend le mémorandum signé avec les Etats-Unis sur la sécurité des vols au-dessus de la Syrie (10), avertissement sans frais. Trump a d’ailleurs privilégié les missiles tirés depuis ses navires plutôt qu’une attaque aérienne pour mener son attaque. 

 

Pour sa part, Maria Zakharova, la porte-parole de Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, dénonce le poids du contexte intérieur américain sur la décision du président Trump : « D’abord, nous pensons que ce mouvement est erroné et infondé. Ensuite nous pensons qu’il a incontestablement un arrière-plan domestique. Nous avons dit et répété que malheureusement, la situation du monde est de plus en plus influencée par la conjoncture intérieure et le paysage politique à Washington. Washington est encore incapable de définir une stratégie en matière de politique étrangère après une campagne électorale très dure. Ce n’est pas un secret, le nouveau président américain a fait face à des difficultés durant ses premiers mois en fonction, particulièrement parce que des institutions politiques variées ont fait tout ce qu’elles pouvaient pour s’opposer à la nouvelle administration. Une chose est certaine : ce mouvement illogique et déraisonnable décidé par Washington pour s’affirmer est dangereux en ce qu’il concerne la lutte contre le terrorisme international. Il est dangereux parce qu’il est contraire à des efforts conjoints pour combattre le terrorisme. Tôt ou tard – et il est certain que cela arrivera – ils (les Américains) réaliseront combien cette stratégie est nuisible alors que des efforts conjoints de toute la communauté internationale pour combattre et contenir le terrorisme international n’ont pas d’alternative. Nous préfèrerions que ceci survienne tôt plutôt que tard » (11).

 

Pour ce qui est des réactions internationales, elles sont sans surprise, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, Israël, la Turquie, le Japon et l’Arabie Séoudite soutenant les Etats-Unis comme le fait l’OTAN, l’Iran et la Russie condamnant l’attaque, la Chine, dont le président Xi Jinping est en Floride avec Donald Trump, appelant à une « solution politique ». Notons que l’Etat islamique et al Caïda s’en réjouissent (12) - effet collatéral. Justement, quel est le but recherché, cette action menée hors charte de l’ONU ? Pour Michel Goya, spécialiste des questions militaires, l’action de Donald Trump ne signifie pas beaucoup plus qu’une « démonstration de détermination » (13). C’est, dit-il, « une frappe punitive, qui a été décrite comme telle, et les Etats-Unis ont pris soin de la limiter symboliquement : c’est la base aérienne liée à l’attaque chimique qui a été frappée et pas une autre. Les Etats-Unis ont également, probablement, averti les Russes. C’est une opération symbolique qui s’adresse à Bachar el-Assad, aux Russes, au Congrès américain et au monde : ‘Moi, Donald Trump, je n’hésiterai pas à utiliser la force’ ». Mais, ajoute-t-il, « les marges de manœuvre restent limitées (…). Il est inconcevable d’imaginer une campagne de frappes contre les forces du régime de Bachar el-Assad alors que ces forces sont imbriquées avec des forces russes »…

 

Rex Tillerson sera mardi prochain à Moscou. Peut-être pour revenir au réalisme. Parce que Donald Trump a promis à ses électeurs d’abandonner les aventures militaires. 

 

Hélène Nouaille

 

 

Cartes :

 

La base syrienne de Chaayrate bombardée par les Américains

http://cdn1-europe1.new2.ladmedia.fr/var/europe1/storage/images/media/images/001_nc3x7_preview/39011159-1-fre-FR/001_NC3X7_preview_reference.jpg

 

La situation militaire en Syrie

http://i.f1g.fr/media/figaro/805x/2017/04/06/INF5eb17ad0-1ace-11e7-a588-e020bc94a5ba-805x653.jpg

 

 

Notes :

 

(1) Le Figaro, le 20 août 2016, Eugène Bastié, OSDH, source contestée de la guerre en Syrie

http://www.lefigaro.fr/international/2016/08/09/01003-20160809ARTFIG00148-l-osdh-source-contestee-de-la-guerre-en-syrie.php

 

(2) Le Figaro/AFP,AP,Reuters, le 5 avril 2017, Attaque en Syrie : au moins 72 morts, le Conseil de sécurité de l’ONU saisi

http://www.lefigaro.fr/international/2017/04/05/01003-20170405ARTFIG00068-attaque-en-syrie-au-moins-72-morts-le-conseil-de-securite-de-l-onu-saisi.php

 

(3) Sputnik, le 6 avril 2017, Khan Cheikhoun, l’emballement médiatique, diplomatique et… politique

https://fr.sputniknews.com/international/201704061030780593-khan-cheikhoun/

 

(4) Infowars, le 6 avril 2017, Paul Watson, Ron Paul : chemical weapons attack in Syria likely a false flag

https://www.infowars.com/ron-paul-chemical-weapons-attack-in-syria-likely-a-false-flag/

 

(5) Le Figaro, le 7 avril 2017, Georges Malbrunot, Attaque chimique en Syrie : le doute persiste sur les motivations de Bachar el-Assad (sur abonnement)

http://www.lefigaro.fr/international/2017/04/06/01003-20170406ARTFIG00234-assad-ou-des-ultras-les-motivations-d-une-attaque.php

 

(6) Le Huffington Post, le 7 avril 2017, Claire Tervé, Pour ces élus américains, les frappes en Syrie ordonnées par Trump sont contraires à la Constitution

http://www.huffingtonpost.fr/2017/04/07/pour-ces-elus-americains-les-frappes-en-syrie-ordonnees-par-tru_a_22029673/?utm_hp_ref=fr-homepage

 

(7) Le Huffington Post, le 7 avril 2017, Gregory Rozieres, Parmi les options militaires présentées par ses conseillers, Donald Trump a choisi la plus limitée pour frapper en Syrie

http://www.huffingtonpost.fr/2017/04/07/parmi-les-options-militaires-proposees-par-ses-conseillers-trum_a_22029767/

 

(8) L’Orient le Jour/Reuters, le 7 avril 2017, Damas ne s’attend pas à une ‘escalade militaire', dit un ministre

https://www.lorientlejour.com/article/1045454/damas-ne-sattend-pas-a-une-escalade-militaire-dit-un-ministre.html

 

(9) RT, le 7 avril 2017, Les frappes US sur la base syrienne sont une agression contre un Etat souverain, selon Poutine

https://francais.rt.com/international/36492-frappes-americaines-syrie-sont-agression-poutine

 

(10) Tass, le 7 avril 2017, Moscow suspends US-Russian memorandum on flight safety over Syria

http://tass.com/politics/939940

 

(11) Tass, le 7 avril 2017, Russian Diplomat slams US missile strikes as ’senseless'

http://tass.com/politics/939983

 

(12) Zero Hedge, le 7 avril 2017, Tyler Duden, ISIS, Al-Qaeda Praise Trump’s Attack

http://www.zerohedge.com/news/2017-04-07/isis-al-qaeda-praise-trumps-attack

 

(13) France Info, le 7 avril 2017, Michel Goya, Frappe américaine en Syrie, il est inconcevable d’imaginer une campagne de frappes contre le régime syrien

http://www.francetvinfo.fr/monde/revolte-en-syrie/attaque-chimique-en-syrie/frappe-americaine-en-syrie-il-est-inconcevable-d-imaginer-une-campagne-de-frappes-contre-le-regime-syrien_2134715.html

Le blog de Michel Goya : http://lavoiedelepee.blogspot.fr/

 

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Source : Hélène NOUAILLE

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