LIBRE OPINION du Général (2s) Christian RENAULT : AGIR ENSEMBLE.

Posté le dimanche 26 novembre 2017
LIBRE OPINION du Général (2s) Christian RENAULT : AGIR ENSEMBLE.

Eveillé par la crise qui a conduit à la démission du chef d’état-major des Armées, une première dans l’histoire de la Ve République, le monde associatif de la Défense bouge. 


Le Plaidoyer pour nos soldats du général (2s) Jean Pierre Soyard a donné le signal en plaidant pour « une synergie entre la hiérarchie militaire, les associations professionnelles nationales de militaires (APNM) et le réseau associatif représentant les anciens militaires et les civils désireux de contribuer à la sauvegarde des armées ».
Le général (2s) Gilbert Robinet, secrétaire général de l’ASAF, lui a fait écho dans un article intitulé « Associations, associez-vous » et dans lequel il considère que le comité national d’entente (CNE) constitue déjà une première réponse à cet appel.
Enfin le dernier numéro du Casoar, la revue de la Saint-Cyrienne, a ouvert ses colonnes à Alain Pilod , un ancien saint-cyrien qui, après une très courte carrière militaire, a rejoint la fonction publique et qui préconise la création d’une structure commune aux associations d’anciens élèves des trois grandes écoles de formation Terre, Air, Mer.

Ces appels sont les bienvenus parce qu’il est en effet temps que le monde associatif de la Défense consacre autant d’effort au soutien de nos armées et des chefs qui les commande qu’aux célébrations mémorielles qui constituent aujourd’hui leur cœur de métier d’où le pouvoir politique  et  peut-être aussi  le commandement  ne souhaitent  pas les voir sortir : faute d’une telle évolution vers davantage d’engagement citoyen responsable, ces associations continueront à voir inexorablement vieillir et baisser leurs effectifs jusqu’à ne plus rien représenter.

Allons du plus simple au plus compliqué. 

Au plus près des unités de l’armée de Terre, les fédérations d’amicales régimentaires pourraient se regrouper en une structure interarmes qui par sa proximité avec les unités et leur environnement constituerait un maillon essentiel du lien armée-nation : il n’est besoin pour cela que de la volonté de leurs présidents respectifs. Une seule fédération mais pas la moindre manquerait, celle de l’Infanterie dont la création semble n’avoir jamais intéressé qui que ce soit, faute peut-être d’une implication suffisante de son Ecole d’Application !

 A l’autre bout de l’échiquier, le cercle de réflexion des officiers généraux en 2e section (G2), devenu une association loi 1901, pourrait s’ouvrir aux officiers généraux des trois autres armées pour constituer un « think-thank » productif et influent, voire redouté.

Les associations d’anciens élèves des écoles de formation d’officiers d’active et de réserve des quatre armées ont vocation à s’unir car elles seules pratiquent la mixité socio-professionnelle (active, réserve, civils, retraités) et générationnelle (élèves, en activité, retraités) qui sont la réalité vivante de l’institution.
Les écoles de formation de sous-officiers auraient tout à fait leur place dans cette structure tant nombre d’officiers en sont issus.

Les principales associations, catégorielles ou tous statuts confondus, interarmées ou spécifiques, qui regroupent des militaires retraités ou (et) réservistes pèseraient sans doute bien davantage si elles parlaient d’une seule voix, y compris dans le domaine de la condition militaire, celle du retraité et celle du réserviste étant étroitement liées à celle du militaire d’active. Là encore, le mouvement dépend des conseils d’administration de ces grandes associations encore trop retranchées derrière leurs spécificités.

Certes, il existe actuellement une structure regroupant plus de cinquante associations pour un total de 2 millions d’adhérents : le Comité National d’Entente. Dans sa composition actuelle qui intègre nombre d’associations d’anciens combattants et d’autres pas spécifiquement proches des armées, le CNE est un acteur important de la politique mémorielle mais il faut craindre qu’il ne soit à la peine pour s’exprimer à l’unanimité de ses membres sur la politique de défense.

Demeure le sujet qui semble fâcher le commandement, au moins celui de l’armée de Terre : les APNM. Constatons d’abord que ces associations existent et que la tendance ira à leur multiplication. Aussi les réticences sont-elles contreproductives, surtout si elles procèdent de la crainte d’une syndicalisation rampante venant brider la liberté d’action du commandement, même si cette crainte trouve des justifications dans certaines armées étrangères où l’action de ces associations a conduit à des « caveat » nuisibles à l’efficacité opérationnelle. Mais, instruits de ces exemples, le commandement gagnerait à accompagner le mouvement pour éviter qu’il ne lui échappe, faute de quoi il pourrait se trouver confronté une à crise du type « appel des 100 » des années 70 ou, plus près de nous, celle vécue par la Gendarmerie en 2001.

Terminons enfin par le plus délicat : l’expression.

Nombre d’associations précédemment évoquées disposent d’une publication : il leur suffirait de consacrer quelques pages de chaque édition à l’actualité et aux prises de position de l’ensemble « supra-associatif » auquel elles appartiennent. Les structures qui n’en possèdent pas pourraient quant à elles trouver un support de diffusion grand public dans la revue éditée par l’ASAF.

L’air du temps est à la mutualisation, aux regroupements, au partenariat, bref au faire ensemble. L’air du temps est aussi à l’expression libérée : il est intolérable que le monde de la Défense soit le plus inhibé en la matière. Le morcellement est le premier facteur de la désaffection à l’égard des associations qui n’ont plus que les activités mémorielles, certes indispensables, surtout celles dirigées vers la jeunesse, mais faute d’agir elles se dessèchent. Il est urgent qu’elles sortent de leur léthargie en se posant la question de leur rôle qui n’est pas uniquement de témoigner du passé mais aussi et bien davantage de participer à la construction de l’avenir.

Quand on a consenti au sacrifice possible de sa vie pour la France, on ne cesse pas d’être soldat en rangeant l’uniforme.
Quand on aime charnellement la France comme seul un soldat peut l’aimer, on ne se contente pas de feuilleter et commenter un album souvenir sur sa défense : on continue de la servir.              

Christian RENAULT
Officier général (2s)
Diffusé par www.asafrance.fr

Source : www.asafrance.fr

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