ARMÉES : Quand Bercy songeait à couper l’eau et le fromage aux soldats

Posté le vendredi 01 mai 2015
ARMÉES : Quand Bercy songeait à couper l’eau et le fromage aux soldats

Journal ou site Internet : Le Point - Adressé par Jean-Claude Tourneur

Les relations entre le ministre de la Défense et Bercy ont souvent été orageuses. Mais c'est Jean-Yves Le Drian qui l'a toujours emporté. Récit. François Hollande a tenu ses engagements : le budget de la Défense sera rehaussé de 950 millions d'euros par an entre 2016 et 2019. Un arbitrage qui permet à son ami et ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, de sortir la tête haute d'une négociation avec Michel Sapin, le ministre du Budget. Les rapports entre la Défense et le Budget ont été très orageux depuis le début du quinquennat Hollande. "Bercy a toujours l'impression que nous cachons un trésor", râle-t-on à l'Hôtel de Brienne, qui s'agace de l'imagerie ancienne qui colle à cette-armée-qui-fait-tourner-les camions-la-nuit-pour-dépenser-l'essence. Cela fait, en vérité, belle lurette que l'armée française se contente du strict minimum en dépit d'un budget de 31,4 milliards d'euros. Mais à Bercy, on s'imagine toujours que les généraux disposent de 15 arpettes à leur service. "C'est faux et archifaux !" tonne le cabinet de Jean-Yves Le Drian. L'incompréhension entre les hauts fonctionnaire de Bercy et ceux de la Défense a atteint son comble au printemps 2014. Cédric Lewandowski, le redouté directeur de cabinet du ministre de la Défense, avait été invité à une réunion budgétaire à Bercy. Un haut cadre de Bercy a alors évoqué la possibilité de supprimer l'eau minérale et le fromage dans les repas des soldats ainsi que le "quart de place des militaires dans les trains" (le billet réduit). Ce tarif réduit de 75 % coûtait 192,4 millions d'euros en 2009, selon la Cour des comptes, qui estimait que ce régime de faveur n'était pas maîtrisé.

Le Drian a failli démissionner au printemps 2014

Ridicules économies, à vrai dire, pour des hommes qui risquent leur vie pour défendre la Nation. Une mesquinerie que le ministère de la Défense a toujours dénoncée de la part de la Cour des comptes. Alors quand, à Bercy, on s'est avisé de couper l'eau minérale et le fromage aux soldats, le sang de Cédric Lewandowski n'a fait qu'un tour. Le dircab a claqué la porte de la réunion. Aussitôt prévenu de ce que Bercy concoctait, Jean-Yves Le Drian est monté au créneau en mettant sa démission dans la balance. D'autant que le ministre de la Défense venait d'achever une tournée nationale auprès des soldats pour leur expliquer en quoi la loi de programmation militaire affecterait les corps d'armée et comment l'armée française allait tout de même disposer des moyens d'assurer ses nombreuses missions, ainsi que la dissuasion nucléaire. Le Drian ne supportait pas l'idée d'avoir à se dédire et comprenait que le feu couvait dans les casernes... Le clash est remonté jusqu'à Matignon. Manuel Valls était très embêté. Il venait à peine d'arriver. Il n'ignorait pas que sa "promotion", il la devait en grande partie au fait que Jean-Yves Le Drian, pressenti par Hollande pour Matignon, avait non seulement décliné l'offre du chef de l'État, mais chaudement recommandé son cadet, ministre de l'Intérieur. Le Drian avait alors écrit une lettre au Premier ministre l'alertant sur les conséquences très lourdes de nouvelles coupes dans le budget de la Défense. Le 23 mai, Manuel Valls se dépêche d'éteindre l'incendie. Il tranche en faveur de l'armée en faisant mine d'ignorer ce que Bercy tramait...

Hollande ralentit la baisse des effectifs

Les effectifs de l'armée auraient dû baisser de 34 000 hommes d'ici 2019. Les attentats de janvier 2015 changent totalement la donne. L'armée française est déployée sur le territoire national 24 heures sur 24. Ce sont 10 500 soldats équipés (casques, gilet pare-balles) qui sont mobilisés afin d'assurer la protection de nombreux lieux de culte ou la protection de personnalités sensibles. La loi de programmation militaire ne permet pas de tenir ce rythme et cette rotation (pas de relève pendant quatre mois). Les hommes s'épuisent. Il fallait donc revoir la copie. C'est chose faite aujourd'hui : François Hollande a annoncé que 18 500 postes seraient finalement préservés sur les 34 000 suppressions prévues par la loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019. Simplement, la mobilisation antiterroriste des soldats baissera de 10 000 à 7 000 hommes. La révision de la LPM sera présentée en conseil des ministres le 20 mai.  L'armée française est, par ailleurs, présente sur de nombreux théâtres d'opérations à l'étranger : 9 000 en opérations extérieures dont, notamment, 3 000 soldats pour l'opération Barkhane au Sahel, 2 000 pour l'opération Sangaris en Centrafrique, 800 pour l'opération Chammal (contre Daesh) et 700 au sein de la Finul au Liban. Sans compter les 8 500 hommes stationnés dans les bases françaises à l'étranger (Djibouti, Sénégal, Gabon, Côte d'Ivoire...)

 

Source : Le Point
Commentaires (1)
  • Aurelius
    07 mai 2015 à 14:02 |
    Revenons sur l'affaire des Mistral. Nos experts militaires savent très bien que le besoin en BPC se limite aux pays pouvant mener des opérations transocéaniques. A cause des sanctions contre "Monsieur Poutine", comme aime le dire un certain général, les autorités françaises envisgeraient une immersion en mer des 2 Mistral. Souhaitons que ce sale boulot, dont la charge symbolique est très lourde, sagissant du Sebastopol et du Vladivostok, échapperait à notre Marine nationale.
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