ETATS-UNIS / RUSSIE : POUTINE, TRUMP, vrais ou faux amis ?

Posté le vendredi 24 juin 2016
ETATS-UNIS / RUSSIE : POUTINE, TRUMP, vrais ou faux amis ?

Lors du « Davos » russe, Vladimir Poutine a chanté derechef les louanges du candidat républicain à la Maison Blanche. Mais pour Hadrien Desuin, s'il existe bien une convergence de principes entre ces deux partisans de la RealPolitik, une divergence d'intérêts pourrait rapidement naître entre eux.


A l'occasion du dernier Forum économique de Saint-Pétersbourg, le célèbre journaliste et auteur du Monde post-américain Fareed Zakaria a tenté en vain d'obtenir de Vladimir Poutine de nouvelles louanges de Donald Trump. Le Président russe a seulement ironisé sur une «personnalité haute en couleur» sachant bien que ses compliments pourraient être exploités au profit de Hillary Clinton dont il a quelques raisons de se méfier. «La Russie travaillera avec tout président élu par les Américains, quel qu'il soit» a précisé Poutine. Les États-Unis sont une «grande puissance et peut-être la seule superpuissance au monde aujourd'hui»: l'hôte du Kremlin est attentif à nouer des amitiés avec ses partenaires mais dans un contexte de froid rapport de force, «la Russie ne veut pas qu'on lui apprenne à vivre».

S'il admet la primauté américaine, Poutine ne cache pas son envie de tourner la page Obama Hillary. Les relations américano-russes sont au plus bas. Et Poutine propose à son tour à l'Amérique un nouveau reset. En Occident, où Poutine est diabolisé, les milieux progressistes décrivent Trump comme un Poutine américain. Ce sont deux mâles dominants aux discours décomplexés. Tous deux se revendiquent conservateurs et défenseurs de la famille mais ont divorcés avant de se remettre en couple. Ils assument tous deux une politique d'intérêt pour leur nation. «Make America great again!» dit l'un. L'autre entend bien restaurer la grandeur de la Russie. Pas question de changement de régime et de guerre humanitaire. La morale et les droits de l'homme sont le cadet de leurs soucis ; Poutine et Trump sont deux fauves qui veulent renouer avec le pragmatisme en politique étrangère. Par le dialogue bilatéral mais aussi par la force si nécessaire. De sorte que si leur vision du monde les rapproche, leurs intérêts mutuels les éloignent.

Les deux personnalités divergent aussi sur la forme. L'un très grand, télégénique, est un tribun de la plèbe issu d'une famille d'entrepreneur immobilier à New-York. Ancien animateur de télé-réalité, il se laisse aller au pupitre et met les rieurs de son côté. Le chef d'État russe est petit, un peu dégingandé, avec un regard inquiet parfois. Il a l'expérience, l'ironie et le mordant d'un homme rusé et désabusé. Trump incarne l'arrogance et la force quand Poutine est un joueur d'échec inflexible qui se méfie de tout. L'un est un milliardaire qui fait graver son nom en lettres d'or sur tous les buildings du pays. Il donne tout ce qu'il a dans sa campagne électorale. L'autre a attendu son heure dans la haute fonction publique et s'est tapi dans l'ombre. Avant de faire discrètement fortune.

Si leur vision du monde les rapproche, leurs intérêts mutuels les éloignent.

Objectivement les États-Unis et la Russie ont beaucoup d'intérêts communs. Pacifier le Moyen-Orient et le débarrasser de l'islam radical, en premier lieu. En Syrie et en Iran, Washington et Moscou ont globalement réussi à s'entendre ces dernières années. Contenir l'émergence de la Chine ensuite. Si les États-Unis veulent rester la seule superpuissance au monde, ils auront besoin des Russes. Mais l'alliance stratégique russo-américaine a buté sur l'Europe orientale et l'Asie centrale. Les deux anciens rivaux de la Guerre froide n'ont pas réussi à bien délimiter leurs sphères d'influence respectives en Ukraine, au Caucase et dans les autres anciennes dépendances soviétiques de Moscou. Il n'est donc pas sûr que le coup de foudre ait lieu lors de leur première rencontre.

Par ailleurs, Trump n'a pas l'intention de renoncer au bouclier anti-missile développé par Bush fils puis Obama. Il est progressivement rattrapé par les invariants stratégiques américains. La récente inauguration de la base de lancement anti-missile en Roumanie a été très mal perçue par Moscou. Lequel pourrait voir sa capacité nucléaire à frapper massivement en premier remise partiellement en question. Le déploiement de l'OTAN aux frontières russes irrite aussi Moscou. Or si Trump se veut pragmatique, il ne réduira pas le rôle de l'Amérique à celui d'arbitre impartial. «America First» est à traduire dans les deux sens du terme. L'Amérique d'abord et l'Amérique à la tête du monde. Il veut comme Reagan la grandeur et la victoire des Etats-Unis. Les relations avec Poutine seront plus franches et sincères car Trump n'a pas l'intention de convertir la Russie aux valeurs démocratique et à un libéralisme libertaire. Mais Trump a aussi reproché à Obama d'avoir été trop faible face à la Russie. 

 

Hadrien DESUIN* 


*Ancien élève de l'École spéciale militaire de St-Cyr puis de l'École des officiers de la Gendarmerie nationale, Hadrien Desuin est titulaire d'un master II en Relations internationales et en Stratégie sur la question des Chrétiens d'Orient, de leurs diasporas et de la géopolitique de l'Égypte, réalisé au Centre d'Études et de Documentation Économique Juridique et social (CNRS/MAE) au Caire en 2005.
Il a dirigé le site Les Conversations françaises de 2010 à 2012. Aujourd'hui il collabore à Causeur et Conflits, où il suit l'actualité de la diplomatie française dans le monde.

 

Source : Figarovox
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