INDUSTRIES STRATÉGIQUES : La France doit protéger ses industries de souveraineté.

Posté le lundi 25 avril 2016
INDUSTRIES STRATÉGIQUES :  La France doit protéger ses industries de souveraineté.

Qui se soucie de la prise de contrôle progressive par des intérêts étrangers de nos principales industries stratégiques ? 

La plus spectaculaire est l'électronique d'Airbus qui vient d'être rachetée par le fond américain KKR, notoirement proche des services de renseignement. Interrogé sur ce sujet, le ministre de la défense français allègue que l'essentiel de ses activités se trouvent en Allemagne et que le gouvernement allemand n'a pas objecté. Comme s'il ne s'agissait que d'un problème d'emploi et comme si Berlin était en mesure de s'opposer à Washington ! 
 
La récente mésaventure du Rafale dont l'administration américaine s'estime en droit d'interdire toute exportation dès lors que s'y trouverait une seule pièce détachée américaine, aurait dû nous mettre en garde. Et n'oublions pas Alstom qui, cédée à General Electric, emporte avec lui une partie de notre savoir-faire nucléaire, par ailleurs mis à mal par le naufrage d'Areva.
Le député Jacques Myard s'est ému récemment du projet de cession, par Safran de sa filiale à 100 % Morpho qui détient des compétences dans deux domaines essentiels à la sécurité de la France : la biométrie et la détection d’explosifs.
 
La biométrie est un secteur clé qui doit beaucoup au talent des ingénieurs français qui ont fait de Morpho un leader mondial dans ce domaine, présent sur tous les continents. Ainsi Morpho est le principal partenaire de l'Inde qui veut doter tous les Indiens, soit 1,5 milliards de personnes, d’une identité sur une base biométrique !
La détection d’explosifs dans les bagages est aussi un secteur rentable, en pleine expansion. Morpho a fait l’acquisition il y a 3 ans d’une société spécialisée. Il n’y a aucune raison de faire marche arrière aujourd’hui.
Dans sa réponse à J. Myard, insolemment désinvolte, le ministre de la défense Le Drian prétend que Morpho n'est pas dans le périmètre du ministère de la défense. Il sembla oublier que Safran, important fournisseur du ministère de la défense, lui, y est.
 
Dans tous les cas, ces deux entités doivent rester françaises.
Safran, entreprise prospère n’a nullement besoin d’une telle cession vivement souhaitée en revanche par de puissants intérêts anglo-saxons, alors même que des solutions françaises de reprise existent.
On ne peut que s’interroger sur la précipitation mise à engager une telle opération. Hasard ? Certains ont relevé que si la vente envisagée devait se conclure, elle aurait pour effet de provoquer une augmentation du cours de bourse de Safran et par voie de conséquence de  la valeur des stock-options détenues par ses dirigeants.
 
Un libéralisme à sens unique
S'émouvoir de ces projets de cession est, dira-t-on, contraire au dogme libéral qui désormais semble régner sans partage dans les sphères dirigeantes européennes.
C'est ignorer que le libéralisme est aujourd'hui à sens unique. Aux Etats-Unis le dispositif CFIUS ou Proxy permet au président d'imposer des contraintes extrêmement fortes à tout acheteur étranger d’une entreprise américaine jugée stratégique, et ceci quel que soit le secteur économique concerné. Il peut aller jusqu'à fixer de manière unilatérale la composition du conseil d’administration en y imposant en partie ou en totalité des citoyens américains, choisis par le gouvernement. L'actionnaire n'aura dès lors droit qu'aux informations financières à l'exclusion de tout droit de regard sur l'orientation stratégique ou technologique.
Morpho a eu à connaître des rigueurs de cette réglementation lors de l’achat de l’entreprise L 1, éditeur des permis de conduire américains, qui ont la valeur de titre d’identité fédéral, et à ce titre a été jugée stratégique.
Nous voyons au contraire chez nous l’Etat mettre en vente les parts qu’il possède dans des entreprises essentielles à l’exercice de sa souveraineté sans prendre les moyens d’exercer un contrôle. Le décret Montebourg qui donne un droit de veto à l'Etat représente un progrès mais c'est tout ou rien. Le dispositif CFIUS, plus pragmatique, permet de doser l’intervention et n’est pas coûteux pour la puissance publique. Il peut être mise en œuvre sans texte de loi (un décret suffit) et les traités européens ne peuvent lui être opposés dans le domaine de la défense.

Il est temps que notre pays se ressaisisse avant d'être dépouillé de tout pouvoir sur ses industries de souveraineté. L'affaire Morpho a valeur de test.

 


Roland HUREAUX

Source : roland.hureaux.over-blog.com
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