Le G5 Sahel : LIBRE OPINION de Philippe FRANCESCHI.

Posté le vendredi 13 juillet 2018
Le G5 Sahel : LIBRE OPINION de Philippe FRANCESCHI.

LE G5 SAHEL : EXPLICATIONS ET POINT DE SITUATION

Une réunion de la dernière chance afin de relancer le G5 Sahel s’est déroulée à Nouakchott le 02 juillet 2018 en présence d'Emmanuel Macron. Elle a été précédée par deux attentats sur le QG de la Force militaire conjointe à Sévaré (centre Mali) et sur la Force Barkhane dans la région de Gao. Ces événements vont déboucher sur le probable renvoi du général malien Dicko, commandant la force conjointe, qui sera remplacé par un général mauritanien. La Mauritanie a par ailleurs fait monter les enchères en indiquant par la voix de son président Abdel Aziz, qu'il y avait encore trop de failles à corriger dans la sécurité et qu'il fallait plus de moyens de la part de l'ONU qui vient, par ailleurs, de réduire son budget 2018/2019 de soutien aux opérations de maintien de la paix en Afrique, notamment celui de la Minusma (Mali). Le but de la présente note est d’expliquer pourquoi le G5 sahel et en particulier sa force militaire conjointe peinent à s'imposer et quelles sont les perspectives auxquelles il faut s'attendre.

 

DE QUOI S'AGIT-IL?

Le G5 Sahel est un cadre institutionnel de coopération créé en 2014 regroupant cinq Pays (Mauritanie, Mali, Burkina-Faso, Niger, Tchad). Il a pour but de créer les conditions de sécurité et de développement de la zone sahélienne afin de faire face au défi terroriste et à la croissance démographique de la zone. Il comporte trois composantes essentielles : sécurité, défense, développement.

 

LA COMPOSANTE SECURITE

Elle a été la première mise en avant par la France. Il s'agit de développer les échanges d’informations policières opérationnelles sur la criminalité organisée, transfrontalières, terrorisme et trafics en tous genres. Le projet de plate-forme de coopération en matière de sécurité créé en 2015 végète toujours. On est en 2018, à la recherche du « partage des tâches » pour rendre opérationnelles les plates-formes de coopération en matière de sécurité de chaque Pays. Cette composante se heurte à de fortes résistances de la part des services de renseignement. Dans cette région d'Afrique, le culte du secret domine. On ne partage pas l'information ou le moins possible et, le plus tard possible. D'autre part, certains chef de ces services ou leurs subordonnés sont parfois impliqués eux-mêmes dans des trafics de toute nature (voitures volées, drogue, traite d'humains, cigarettes, etc.). A noter qu'il en est de même pour le projet WAPIS-SIPAO (Système d'Information des Polices d'Afrique de l'Ouest) soutenu par Interpol et l'UE et qui est en gestation depuis...2012 !

 

LA COMPOSANTE DEFENSE

Il s'agit de la Force militaire conjointe de 5 000 hommes (1 000 par pays) afin de lutter contre les groupes djihadistes dont le lancement a été annoncé en grande pompe par Emmanuel Macron en juillet 2017 à Bamako. Elle a fait l'objet d'un long et laborieux processus de financement par la communauté internationale, toujours sous l'impulsion de la France, non abouti aujourd'hui. Le scepticisme, les réticences de la communauté internationale, les freins politiques et les déficiences opérationnelles du dispositif sont expliqués dans mon article sur le blog « Défendre la Défense » intitulé « l'illusion de la force militaire conjointe du G5 Sahel ». Le fonds fiduciaire créé pour gérer les contributions internationales n’a pas encore reçu les financements prévus. Sur les 414 millions d'euros de promesses exprimées lors de la conférence des donateurs internationaux à Bruxelles, seuls 50 millions de l’UE ont bien été décaissés, mais pas encore redistribués. La participation annoncée des Emirats Arabes Unis à hauteur de 30 millions d’euros est restée pour l’heure lettre morte, alors que celle de l’Arabie saoudite, de 100 millions d’euros, est exclusivement consacrée au financement de l’achat d'équipements militaires français à livrer à la fin 2018. Cet accord exclut le secrétariat permanent du G5 Sahel à Nouakchott et le fonds fiduciaire ad-hoc et a donc l'avantage d'éviter tout détournement.... A force de vouloir aller trop vite et de lui fixer des objectifs inatteignables, la force conjointe du G5 Sahel a été mise en situation opérationnelle délicate sans être prête ni matériellement, ni moralement et ne fera que prendre des coups, soutenue par Barkhane.

 

LA COMPOSANTE DEVELOPPEMENT

L'Alliance Sahel lancée par la France et l'Allemagne, mécanisme de renforcement de la coordination des partenaires pour une aide plus rapide au G5 sahel, a identifié plus de 500 projets de développement pour un financement total de 7,5 milliards de dollars à exécuter dans le Sahel. À ce jour, les financements ont cependant été promis de manière temporaire et bilatérale. La France sera  partie à cet effort, puisque l’Agence française de développement, moteur de cette alliance, financera plus de 1,2 milliards de projets – soit une hausse de 40% de son action en faveur du Sahel sur la période 2018-2022. Ces projets portent sur divers domaines, dont la santé, l'éducation et l'agriculture. Malheureusement, les aides au développement du continent africain depuis soixante ans ont échoué et la corruption est une sous culture politique des Pays de la région. Tant que cette question ne sera pas réglée, les investisseurs du monde entier, qu'ils soient publics ou privés ainsi que les États hésiteront à y investir et le feront avec parcimonie. L'amère expérience du Nouveau partenariat pour le développement en Afrique (NEPAD) lancé dans les années 2000 et qui a fait un vrai « flop » a échaudé les partenaires financiers. Il n'y a pas eu de « démarrage » de l'Afrique. De même, le peu de résultats obtenus par le Fond européen de développement (FED) depuis sa création en 1959 n'inclinent pas à l'optimisme. Enfin et dernier avatar, en 2000, les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) adoptés par 189 États avaient pour but essentiel la diminution de moitié de la pauvreté africaine pour 2015. Ces objectifs n'ont pas été atteints car la croissance attendue des Pays africains n'a pas été atteinte. Loin de se combler, la pauvreté africaine augmente annuellement d’autant plus que la démographie galopante y efface les quelques gains de croissance.

 

LES AMBIGUITES MALIENNES ET ALGERIENNES

L’Union africaine (UA) avait donné naissance en 2013 au Processus de Nouakchott, ancêtre de la force conjointe. Onze Pays en faisaient alors partie, dont l’Algérie, puissance militaire incontournable de la sous-région. La volonté française de créer le G5 Sahel a donc coupé l'herbe sous les pieds de l'UA est sans doute de l'Algérie. Depuis sa transformation en un nouveau cadre restreint à cinq, Alger reste hostile à la mise en place de cette force qu’elle juge nuisible à ses intérêts stratégiques et fera tout pour la faire échouer. Or, c'est l'Algérie qui a le plus de poids et d'influence, pour ne pas dire plus, auprès des groupes terroristes au nord Mali. Par ailleurs, la France, dans l’enivrement de l'opération Serval est aujourd'hui de plus en plus perçue, à tort ou à raison, comme une puissance néocoloniale occupante ayant des préoccupations géostratégiques qui vont au-delà du risque terroriste sahélien.

Le Mali et l'Algérie n'ont aucun intérêt à l'instauration de la paix au nord Mali et d'une zone touareg plus ou moins autonome qui tendrait in fine vers l'indépendance et la remise en question inévitable  des frontières issues de la colonisation. L’État malien réagit en s’appuyant sur les ethnies, sous-traitant la question sécuritaire à des milices locales ce qui amplifie le phénomène d’émiettement, complique d’autant le projet universaliste des partisans d'un Califat « trans-ethnique » comme l'appelle justement Bernard Lugan, mais aussi rend de plus en plus difficile le retour à la paix. Par chance le Malien Iyad Ag Ghali, le chef du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et Adnane Abou Walid Sahraoui le chef de «Etat islamique dans le Grand Sahara» (EIGS) restent autant concurrents qu’alliés objectifs, pour le moment. La priorité du Mali n'est donc pas la lutte contre les groupes terroristes. L'échec patent des accords d'Alger de 2015 en est la preuve parlante alors que Bamako se prépare à tenir des élections présidentielles à haut risque le 29 juillet prochain.

 

CONCLUSIONS

La force militaire du G5 Sahel n'est pas la solution et il ne faut pas se bercer d'illusions en pensant qu'elle pourra un jour prendre la suite de Barkhane. Dans le contexte actuel, il y a un risque certain d'enlisement de cette dernière. La résolution de ce conflit et l’éradication du terrorisme dans la zone sahélienne passe nécessairement par la conjugaison d'un retour de la sécurité permettant le développement. La sécurité passe par une diplomatie de pression sur l'Algérie et le Mali afin que tous deux soient soumis à la mise en œuvre des accords d'Alger, un retour de la présence de l’État malien et de la confiance indispensable des populations permettant de réduire les tensions interethniques qui constituent la principale menace. Seule l'ONU est capable d'une telle action et notre diplomatie doit être orientée dans ce sens. C'est à cette - seule condition - qu'une coalition militaire puissante pourra être mise en place et éradiquer le terrorisme dans la zone.

La composante « développement » du G5 Sahel, la seule viable de mon point de vue, doit être malgré tout poursuivie et amplifiée en combattant énergiquement la corruption et les détournements et en espérant une efficacité à long terme afin de fixer les populations dans leur milieu et maîtriser l'immigration vers l'Europe. Nous n'avons pas d'autre choix,

En attendant il apparaît inévitable de prendre des mesures drastiques d'empêchement de l'immigration massive de court et moyen terme car d’ici à 2030, l’Afrique va voir sa population passer de 1,2 milliard à 1,7milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an et en 2100, avec plus de 3 milliards d’habitants, le continent africain abritera 1/3 de la population mondiale, dont les trois quarts au sud du Sahara. 

 Philippe FRANCESCHI
Ancien officier supérieur de Gendarmerie
Consultant contre-terrorisme

 

 Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

 

Source : www.asafrance.fr
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