LECTURE : "Qui est l’ennemi ?" ( de Jean-Yves LE DRIAN )

Posté le jeudi 28 juillet 2016
LECTURE : "Qui est l’ennemi ?"  ( de Jean-Yves LE DRIAN )

Soixante-quinze pages d’un livre petit format qui a pour ambition de répondre aux questions : sommes-nous en guerre ? Contre qui ?

On termine la lecture de cet opuscule en ayant le sentiment de ne pas avoir appris grand-chose. Il y a en outre beaucoup d’évidences et certaines réflexions sont pour le moins ambigües, voire erronées.

 (Page 10)
« Il ne fait pas de doute que nous avons rompu avec le temps de paix des années 1990 quand les opérations extérieures se déroulaient loin de la France, dans une distance irréductible »

Dans les années 1990, la France était pourtant engagée dans les Balkans, c'est-à-dire sur le continent européen. Nice étant à la même distance de Sarajevo que de Lille, comment peut-on écrire que les opérations extérieures se déroulaient loin de France ?


(Page 10)
« Ces vingt cinq dernières années, avec la suspension du service militaire et le processus de professionnalisation, les Français ont délégué à leurs armées le soin de garder les yeux ouverts sur la réalité d’un monde qui n’a cependant jamais cessé d’être en crise.
Cette distanciation entre les univers de la paix et de la guerre est révolue. »

Ce sont les dirigeants politiques qui sont chargés de garder les yeux ouverts sur la réalité du monde. Ils ne l’ont pas fait, hélas, quand on mesure la réduction drastique de l’effort de Défense pendant ces vingt-cinq dernières années. Ils ont préféré fermer les yeux sur les réalités internationales, et sur les problèmes migratoires ; ils se sont préoccupés davantage de leur situation personnelle. Les conséquences pour les Français sont là…
Mais il revient au politique de donner les moyens nécessaires à l’armée et de l’engager si nécessaire (qu’elle soit d’ailleurs composée d’appelés ou de professionnels) pour défendre les intérêts supérieurs du pays. La suspension de la conscription et la professionnalisation n’ont, à l’évidence, rien à voir avec la carence dans la conduite stratégique du pays depuis un quart de siècle.

 

(Page 11)
« À mon sens un pays est en guerre dès lors qu’il n’est plus en mesure de tenir la guerre à distance. »

 

Cela signifie-t-il que nous ne sommes pas en guerre quand on fait la guerre à distance, comme en Afghanistan ?
Ne sait-on pas que la France est en guerre dès lors qu’un de ses soldats combat un ennemi désigné ? D’autant que ce dernier utilise en retour tous les moyens dont il dispose contre la France : c'est-à-dire l’armée qui le combat et la population qui la soutient.
Même en engageant ses soldats loin de son territoire, la France est en guerre et sa population doit savoir qu’elle peut en payer les conséquences à tout moment.
Ceux que nous combattons n’ont pas d’avions de bombardement mais ils ont des kamikazes qui visent le pays d’où vient l’armée qui les combat.

 

(Page 11)
« Mais cet état de guerre ne ressemble à aucun de ceux que notre pays a connu par le passé. »

 

Cette remarque est fréquente et d’une banalité surprenante.
A-t-on jamais identifié deux guerres qui se ressemblaient ? Ne voit-on pas que toutes les guerres sont différentes les unes des autres et le xxème siècle est, pour la France, assez exemplaire à cet égard : Première et Seconde guerre mondiale, Indochine, Corée, Algérie, Afrique, guerre du Golfe, Balkans, Afghanistan, Libye, Mali, Irak, pour n’en citer que quelques unes.

 

Contre qui ?

(Page 33-34)
« Ma conviction est qu’il n’y a pas d’ennemi de l’intérieur ()
Il faut rappeler que le
« parti de l’ennemi », comme il a été longtemps désigné, n’a jamais recouvert de réalité significative, et que la « cinquième colonne »,  jadis communiste, aujourd’hui islamiste, reste d’abord un fantasme. »

 

Venant de la part d’un historien, cela paraît pour le moins surprenant, tant il est vrai que la France a dû faire face dans de nombreux conflits à un ennemi intérieur, que l’on nommait « traitres », « collaborateurs », « porteurs de valises »,… c'est-à-dire des Français qui prenaient le parti de l’ennemi et combattaient l’armée française de l’intérieur contribuant à faire tuer des soldats français.
Il ne faudrait pas que l’idéologie marxiste, très présente semble-t-il dans certains cabinets,  gomme cette réalité car les sabotages de matériel de guerre durant la guerre d’Indochine, le soutien apporté par certains Français aux terroristes poseurs de bombes du FLN en Algérie sont des réalités aux conséquences meurtrières. Ce ne sont pas des fantasmes.
De tels propos constituent un déni de réalité.
L’ennemi est celui d’aujourd’hui mais aussi celui de demain. Il faut donc s’attaquer autant à celui qui pose la bombe ou qui fournit l’explosif qu’à celui qui endoctrine les plus jeunes susceptibles d’être les terroristes de demain.
Nier l’existence de cellules dormantes, de cellules logistiques, de propagande, de recrutement dans nos cités, c’est nier a réalité au nom d’une idéologie, c’est déclarer combattre en refusant de voir l’ennemi dans sa totalité, c’est refuser de vaincre et condamner le peuple à supporter indéfiniment des sacrifices.

 

(Page 62)
« La place occupée par les populations dans ce nouvel âge de la guerre constitue la troisième évolution de fond que je veux souligner. () La population est devenue un objectif majeur, qu’il s’agisse de la menacer de l’atteindre ou de l’influencer () »

Qui peut, comme l’auteur, ne pas savoir que le contrôle de la population et les pressions exercées sur elle sont une constante dans la guerre ? Les guerres d’Indochine et d’Algérie en ont été des démonstrations évidentes.


(Page 66)
« () une défense qui dépasse le périmètre de la Défense »

En réalité, ce qu’on appelle aujourd’hui le ministère de la Défense est en fait le ministère des armées, et la Défense de la France exige naturellement et depuis toujours les autres dimensions : diplomatique, économique, financière, éducative… bref la Défense de la France requiert l’engagement de la France tout entière et ce n’est pas vraiment une nouveauté.
Faut-il rappeler que selon la Constitution, « le premier ministre est responsable de la Défense nationale. » ?

 

(Page 70)
« Voilà longtemps que nos armées ne sont plus belliqueuses, qu’elles n’apprennent pas à poser des IED mais à les neutraliser, et que la seule conquête qu’elles poursuivent inlassablement est celle de la paix. »

 

Quel sens donner à cette affirmation pour le moins ambigüe ?
Les soldats français apprennent encore, et c’est heureux, à utiliser toutes leurs armes et notamment à poser des mines anti-char qui sont des « IED normalisés ». La conquête qu’elles (les armées) poursuivent n’est pas la paix mais la victoire par la mise hors de combat de l’ennemi, condition pour que notre pays puisse atteindre le but de guerre, qui est la paix.
Mais les seuls moyens militaires n’ont jamais permis d’atteindre la paix. Ils ne peuvent que donner la victoire sur l’adversaire et il appartient ensuite aux politiques de trouver la paix la plus juste et la plus durable.

 

(Page 74)

 « Ce n’est donc pas parce que tel ennemi nous décrit comme des « croisés » et des  « impérialistes » que nous le sommes, et l’avoir été par le passé n’interdit nullement – au contraire – de refuser cette posture et de la combattre comme un danger pour la construction d’une véritable communauté internationale. Ici, nous n’avons pas à craindre la bataille des systèmes de justification qui sous-tend notre affrontement avec Daech, mais nous devons donc mener cette bataille en étant parfaitement lucides concernant qui nous nous avons été, qui nous sommes désormais, et tout ce qui distingue ces deux époques de notre histoire – parce que c’est l’une de nos plus grandes forces. »

 

Y a-t-il derrière ces propos la marque d’une nouvelle repentance sur notre Histoire ?
Voici un bel exemple des nombreuses ambigüités qui caractérisent ce livret sur notre ennemi.



Henri PINARD LEGRY
Président ASAF

(www.asafrance.fr)

 

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Source : ASAF
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