LIBRE OPINION du colonel (ER) Michel Goya : Pour le retour des héros

Posté le lundi 13 avril 2015
LIBRE OPINION du colonel (ER) Michel Goya : Pour le retour des héros

En 2009, l’historien britannique Ben Macintyre s’étonnait dans un article du Times qu’aucun héros combattant ne soit connu du grand public de son pays malgré la violence des combats en Irak et en Afghanistan. Il constatait également que les soldats mis en avant par l’institution militaire étaient des héros « secouristes », comme le caporal Beharry, récompensé de la Victoria Cross pour avoir sauvé des camarades lors d’embuscades en Irak en 2004.

Quelques mois plus tôt dix soldats français (et peut-être 70 rebelles) étaient tombés dans un combat dans la vallée afghane d’Uzbeen. Le ministre de la défense de l’époque refusait d’admettre que le pays était en guerre. Un hommage émouvant fut rendu aux soldats morts pour la France mais les seuls combattants vivants à avoir l’honneur des médias furent…les rebelles interrogés par Paris Match. Rien, en revanche, entre autres, sur le sergent Cazzaro, alors en tête de la section tombée dans l’embuscade et qui a réussi à se sortir du piège, en abattant plusieurs rebelles.

Quinze ans encore avant, en juin 1993, une troupe française menait aussi un combat très violent à Mogadiscio et réussissait sa mission. Action passée totalement inconnue des Français…au contraire des combats américains au même endroit, en octobre, popularisés par un livre documentaire, La chute du faucon noir et surtout par un film tiré du livre. Le combat avait été un échec mais un échec n’empêche pas les actes héroïques et le film les met clairement en avant.

La chute du faucon noir date de 2001, début de « la guerre contre le terrorisme ». Cent soldats français sont tombés au combat dans le cadre de cette guerre, en Afghanistan, en Somalie et au Mali. D’autres combats très violents ont eu lieu par ailleurs, en Libye en 2011 et en Centrafrique en 2014. Pour autant, le public reste incapable de citer le nom d’un excellent soldat et nos films de recrutement s’obstinent toujours à éviter de parler du combat et surtout de le montrer. Par pitié, on ne parlera pas du cinéma français. 

Si on veut voir des images « institutionnelles » de combat, il faut regarder Flames of war, la série de films vantant les exploits des soldats de Daesh.
Si on veut voir des héros au cinéma, on va voir American sniper, le film de Clint Eastwood retraçant la vie et les combats du tireur d’élite Chris Kyle. Il faut ensuite se demander, si nous sommes effectivement en guerre, si on peut gagner cette guerre sans ressentir le besoin, comme nos adversaires, de mettre en avant nos guerriers. 

Colonel (ER) Michel GOYA
Soldat et historien

 

Source : La Voie de l'Epée
Commentaires (3)
  • Jean-Bernard COMTE
    13 avril 2015 à 19:18 |
    Comme disait mon grand père "Pauvre France" !
    Les médias ne soutiennent pas assez nos troupes et leurs faits d'armes. Un jour ils auront besoin de nos soldats.
    C'est aussi à leurs hiérarchiques de stimuler la fibre patriotique à l'ensemble du personnel.
  • Philippe
    13 avril 2015 à 22:31 |
    Que peut-on attendre d'une France qui a gommé son Histoire ?
  • Philopoemen
    15 avril 2015 à 20:49 |
    Merci pour cette réflexion que je partage.
    A l'instar de la bataille de Ia drang, au Vietnam, portée au cinéma par Randall Wallace dans le film "Nous étions soldats", tiré du livre "We were soldiers once...and young", nous Français, aurions pu faire aussi un très grand film à la mémoire de nos héros, dans l'enfer de Dien Bien Phu. Certes il y a bien le film de Pierre Schoendorffer. Mais par manque de moyens, son film à mon avis manque d'ampleur. Quant-aux acteurs rien de comparable avec ce Mel Gibson, littéralement habité dans le rôle du colonel Hal. Moore. Hollywood est un formidable outil de "propagande" pour le meilleur comme pour le pire, alors qu'en France, notre cinéma serait plutôt à sens unique en faveur de la repentance etc....etc...pour n'offusquer personne.
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