LIBRE OPINION du Contre-Amiral (2S) François JOURDIER : Légion d’honneur pour tous.

Posté le mardi 12 janvier 2016
LIBRE OPINION du Contre-Amiral (2S) François JOURDIER : Légion d’honneur pour tous.

J’ai participé il y a longtemps, pendant 27 mois, à la guerre d’Indochine ; le corps expéditionnaire à eu 40 000 morts dans l’indifférence générale voire l’hostilité des dockers communistes qui refusaient de débarquer les cercueils rapatriés. Nous n’avons eu la compassion ni du Président de la République ni des ministres et ne la demandions d’ailleurs pas. La Légion d’honneur n’était décernée que pour un fait d’armes, une blessure ou à titre posthume.

Ensuite il y a eu la guerre d’Algérie, qui n’était d’ailleurs pas appelée guerre, près de 25 000 morts. Le contingent étant engagé, l’opinion publique s’y intéressa plus qu’à l’Indochine et approuva avec un lâche soulagement les accords d’Evian y mettant fin, la Légion d’honneur ne fut encore attribuée qu’avec parcimonie.

Maintenant nous voulons la guerre « zéro mort » ce qui est un non sens, si bien que pour chaque tué dans des opérations on mobilise le Président ou un ministre et on organise des honneurs nationaux aux Invalides.

Maintenant que nous sommes en guerre contre le terrorisme c’est le grand laisser-aller, on distribue la Légion d’Honneur, non seulement aux forces de l’ordre et à ceux qui se sont interposés au risque de leur vie, ce qui est acceptable, mais aux victimes du terrorisme, qui ne sont que des victimes n’ayant pas choisi leur sort.

Je rappelle que la Légion d’honneur ne peut être décernée à titre posthume, qu’aux citoyens ayant trouvé la mort dans l’accomplissement de leur devoir au service de la Nation. Est-ce le cas des dessinateurs de Charlie Hebdo ? Est ce le cas des quatre Français israélites tués à l’Hyper Casher, qui se sont faits inhumer en Israël « leur vraie patrie » en présence d’un ministre, qui leur a alors remis la Légion d’honneur ?

A cette aune les 130 victimes des attentats du 13 novembre qui ont eu le seul tort d’être au mauvais endroit au mauvais moment, vont se voir gratifier du ruban rouge. Je les plains évidemment, mais leur mérite ne fut pas plus grand que celui des passagers de l’avion russe abattu au dessus du Sinaï.

La légion d’honneur est complètement détournée de sa vocation, elle n’est pas un hochet de consolation. On pourrait de la même façon s’étonner de voir remise la première décoration française à n’importe quel baladin poussant la chansonnette pour peu qu'il gagne beaucoup d'argent.

 

Contre-Amiral (2S) François JOURDIER

 

 

Source : http://ftancois.blog.lemonde.fr
Commentaires (1)
  • Jacques de VASSELOT
    12 janvier 2016 à 20:08 |
    Voici, amiral, le courrier que j’ai adressé au Grand Chancelier de la Légion d’Honneur pour demander des explications à propos de cette attribution de notre ordre majeur (je n’ai pas encore reçu de réponse)





    Mon général

    comme nombre de nos camarades, je me pose des questions auxquelles vous seul pouvez répondre.

    L’attribution de la Légion d’Honneur à des victimes d’attentats a troublé nos esprits et a jeté le doute sur les modalités d’attribution de notre ordre national majeur.

    Les textes nous disent que « la Légion d’honneur est la récompense des mérites éminents acquis au service de la nation soit à titre civil, soit sous les armes ».
    Je me demande quels services éminents ont rendus les attributaires victimes d’attentats : il ne peut s’agir des produits de leur travail avant l’attentat (leurs dessins et articles étaient fréquemment volontairement méprisant ou insultant envers la Patrie et ses symboles les plus éminents), il ne peut s’agir du fait d’avoir été tués dans l’exercice de leur métier (ce qui ouvrirait la porte à des demandes d’attribution lors de chaque accident mortel du travail).

    En relisant les responsabilités du Grand Chancelier,
    - A ce titre, le grand chancelier préside les deux conseils des ordres, chambres de décision et de contrôle des décorations.
    - Il reçoit de la part des ministres les propositions de nomination et de promotion.
    - Il est l’interlocuteur du président de la République à qui il soumet les décisions des conseils.
    - Il peut être entendu par le conseil des ministres quand les intérêts des ordres y sont évoqués.
    - Il engage des sanctions disciplinaires contre les décorés condamnés au pénal ou ayant commis un acte contraire à l’honneur.
    - Il arbitre toutes les questions associées à la gestion des deux ordres et gère la Médaille militaire
    Il me semble que le dernier point a dû vous conduire à exprimer auprès du Président de la République, le Grand Maître de l’Ordre, des doutes concernant cette attribution.

    Dans votre éditorial sur le site de la Grande Chancellerie, vous écrivez :
    « Ces symboles sont vivants : ils s’incarnent depuis des décennies dans des hommes et des femmes qui œuvrent pour le bien commun, le développement de la France, sa richesse, son rayonnement et sa défense.
    Reconnaître ces concitoyens engagés, rendre hommage à leur créativité, leur exigence, leur dévouement : voilà la vocation des distinctions nationales. En les décorant, la République les érige aussi en exemples et tisse les liens d’une vertueuse émulation »

    Les victimes d’attentats qui ont été honores ne me semblent pas remplir ces critères

    Vous dissiperiez les doutes de nombre de nos camarades et de moi-même en faisant part officiellement des raisons qui vous ont poussé à donner votre aval à cette décision.


    Veuillez agréer Mon général, l’assurance de ma haute considération
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