LIBRE OPINION du général (2S) Pierre Zamitt : Mémoire et Honneur

Posté le lundi 16 mars 2015
LIBRE OPINION du général (2S) Pierre Zamitt : Mémoire et Honneur

Sans engager la polémique, le général Pierre Zammit souligne ici la réalité de faits et de valeurs que l’ASAF a déjà rappelés à maintes reprises mais que certains voudraient chasser à tout jamais de notre mémoire collective et de nos principes moraux.

 

Commentant la décision du maire de Béziers de débaptiser une rue du 19 mars 1962 et de lui donner le nom de commandant Hélie Denoix de Saint-Marc, le Premier ministre en campagne électorale a déclaré le 14 mars : "la nostalgie de l'Algérie française n'apporte rien de bon… Le FN n'aime pas la France, c'est rance, c'est triste". Pourtant, il ne s'agit pas plus de FN, que de nostalgie l'Algérie française. C'est autre chose dont il s'agit. Il s'agit de se souvenir de morts français et d'honorer un grand soldat.

 

Depuis 2003 (décret n° 2003-925 du 26 septembre 2003), l'Etat français a retenu le 5 décembre pour commémorer "l'hommage aux morts pour la France durant la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de Tunisie". Ce choix fut le résultat d'une longue concertation avec les associations d'Anciens combattants et de Français rapatriés qui ont toutes, à deux exceptions près (FNACA et ARAC), rejeté la date du 19 mars 1962. Cette décision a été confirmée par la loi sur les rapatriés (loi n°2005-158 du 23 février 2005).Pourquoi ce rejet de la date du 19 mars ?
Le 19 mars 1962 est la date d'un cessez-le-feu respecté uniquement et unilatéralement par l'armée française mais jamais respecté par le Front de Libération Nationale algérien. Après le 19 mars, en quelques mois, il y eut des milliers de civils Français d'Algérie, de harkis désarmés avec leurs familles qui furent assassinés, enlevés et jamais retrouvés. Ils étaient seulement coupables d'avoir aimé et choisi la France.
La loi de novembre 2012 faisant du 19 mars 1962 une commémoration nationale ne change rien à cette histoire factuelle, à ce douloureux moment de notre histoire nationale. Elle trahit la mémoire de ces milliers de victimes.

Quant au commandant Hélie Denoix de Saint-Marc, une ville ne peut que s'honorer d'avoir une rue qui porte son nom. Résistant à vingt ans, déporté à Buchenwald, officier parachutiste de la Légion étrangère, prestigieux combattant d'Indochine et d'Algérie, le commandant de Saint Marc s'était rallié en avril 1961 au putsch des généraux contre la politique du général de Gaulle pour ne pas renier la parole donnée, disant avoir "préféré le crime de l'illégalité à celui de l'inhumanité". Jugé, emprisonné, libéré en 1966, réhabilité en 1978, il fut élevé à la dignité de Grand-croix de la Légion d'honneur dans la cour d'honneur des Invalides en 2011 par le président de la République : "nul ne saura si l’accolade du chef des armées représentait le pardon du pays à l’un de ses grands soldats ou bien la demande de pardon de la République pour avoir tant exigé de ses soldats à l’époque de l’Algérie. Le pardon, par sa puissance, par son exemple et surtout par son mystère, fera le reste de la cérémonie !….Aujourd’hui, vous nous laissez l’exemple d’un soldat qui eut le courage, à la fois fou et réfléchi, de tout sacrifier dans un acte de désespoir pour sauver son honneur !" dira en août 2013 le général d'armée Dary dans le poignant éloge funèbre de ce grand soldat, homme d'honneur s'il en est.

Voilà pourquoi, aux mots "nostalgie" et "rance", j'oppose "mémoire" et "honneur"

Le 15 mars 2015

Pierre ZAMMIT, Officier général (2S.)

Source : Pierre ZAMMIT, Officier général (2S.)
Commentaires (21)
  • Colette de LUZE
    16 mars 2015 à 08:54 |
    Bravo et merci général. Colette de LUZE
  • Marcel mosta
    16 mars 2015 à 10:42 |
    un grand bravo et merci mon Général , avec mon plus profond Respect.
  • FAGUER
    16 mars 2015 à 14:41 |
    Merci, d'avoir remis à l'heure cette pendule de l'histoire !
  • kranzer
    17 mars 2015 à 11:07 |
    Bravo mon général d'avoir retracer en quelques lignes cette page d'histoire que personne ne doit oublier..
    N'y haine n'y oubli !!
  • Yann PERTUISEL
    17 mars 2015 à 21:52 |
    Bravo camarade. Il est de notre Devoir de dire les choses et surtout de rétablir des vérités et des évidences qui ne le sont pas pour tous, à commencer par certains de nos "responsables" politiques...
  • david JAULIN
    18 mars 2015 à 09:12 |
    Merci mon général, tout est dit !
  • ROGER SOLARI
    18 mars 2015 à 11:09 |
    chaque fois que le politique s'est emparé de l'histoire,une ombre s'est couchée sur la vérité des faits et sur les sentiments profonds de ceux qui les ont vécus.Ce nouvel hommage au Cdt Hélie de Saint-Marc honore la France
  • Pierre-Richard Kohn
    22 mars 2015 à 12:09 |
    Merci cher camarade pour cette mise au point claire et pleine de justice à l'égard des faits et surtout d'un grand soldat, véritable résistant, dont l'intelligence, l'humilité et le courage continueront à nous inspirer.
    Vous avez dit intelligence, courage et humilité? comme c'est bizarre...mais non, ces notions qu'Hélie de Saint Marc montrait si bien n'ont pas totalement disparu.Alors bravo mon général de le rappeler en sortant hardiment de l'ombre.
  • micaelli
    30 mars 2015 à 09:57 |
    Quelle que soit ses opinions , un VRAI soldat demeure toujours un homme d'honneur ..............
  • Hubert Britsch
    30 mars 2015 à 10:15 |
    Merci, mon général, de cette mise au point.
    Robert Ménard a eu raison de débaptiser cette rue, de lui donner le nom du Cdt Denoix de Saint-Marc et d'en expliquer les raisons.
    Il a eu tort, en revanche, dans le même discours, de faire un panégyrique de l'Algérie française, qui était une belle réalisation du point de vue des infrastructures mais qui n'a pas su se réformer à l'issue des deux guerres mondiales pour prendre un peu plus en compte la population indigène. La responsabilité en incombe à nos gouvernements civils métropolitains et locaux. Nos chefs militaires ayant reçu les pleins pouvoirs pour pacifier le pays, ont rapidement déployé ce qu'ont appellerait maintenant des centres médico-sociaux, dont les SAS, dont on connait le succès, mais c'était trop tard.
    Robert Ménard aurait dû se contenter de vanter les mérites du Cdt de Saint-Marc , qui sont suffisamment grands pour qu'on s'y arrête. D'ailleurs, sans lancer de polémique, qu'est-ce qui comptait le plus pour lui : l'Algérie française ou le respect de la parole donnée?
  • lesoussinois
    30 mars 2015 à 11:36 |
    Bonjour, Bravo pour cet excellent billet !

    Pensée émue et Respect pour le regretté et grand Soldat à savoir Hélie Denoix de Saint-Marc, j'ai en mémoire sa déclaration touchante devant le tribunal lors de son jugement .
    Assurément un homme d'Honneur ,un Chef ,un Serviteur loyal,un grand Résistant les superlatifs me manquent.

    Merci mon Général, il est bon de remettre les choses au bon niveau .
    Certains se réfugient par lâcheté ou par intérêt dans la repentance cela est bien facile à postériori mais au final ce n'est pas très courageux et non justifié .
    Remerciements également à Monsieur Robert Ménard pour son beau discours lors de la cérémonie .
  • Raymond NENERT
    30 mars 2015 à 18:25 |
    Le Commandant Hélie Denoix de Saint Marc est une référence morale et historique de notre pays. Il fait partie de la race des grands seigneurs. Un grand de France.

    Il a connu un destin exceptionnel, car au cours de sa vie, il a connu l'humiliation au printemps 1940, puis la résistance,et enfin officier de la Légion Étrangère, Guerre d'Indochine et Algérie, en avril 1961, Commandant en second du 1er REP , la proscription avant d'être finalement réhabilité.

    Ce nouvel hommage au Cdt Hélie de Saint-Marc honore la France..
  • Masdoua
    30 mars 2015 à 20:49 |
    Un de nos Officiers les plus décorés méritait cet honneur posthume
  • Masdoua
    30 mars 2015 à 20:53 |
    Un de nos Officiers les plus décorés méritait cet honneur posthume
  • Philippe GALTEAU
    31 mars 2015 à 11:09 |
    Merci mon Général. Le choix de la date du 19 mars 1962, celle d'une capitulation pour commémorer la guerre d'Algérie est une lâcheté démagogique et une insulte à nos morts et surtout nos Armées. Et choisir le nom de Denoix de Saint Marc une simple justice, il a subi l'injustice, la réparation publique devrait s'imposer à toutes les villes de France
  • gissot
    31 mars 2015 à 14:55 |
    En apprenant (KB n° 739 de janvier 2012) l'élévation à la dignité de Grand-croix de la Légion d'honneur le 28/11/2011 du Commandant Denoix de Saint Marc, je lui ai dit toute notre fierté et lui ai exprimé ma très haute et très respectueuse considération.
    J'ai ajouté qu'il faisait partie de ces rares hommes qui placent l'honneur et la fidélité avant la discipline, comme un certain général en 1940...
    J'ai regretté qu'à cette occasion, il lui soit rappelé que "la France, ... [avait] su pardonner" (hommage du Gal DARY).
    Et je lui en ai fait part, car la France n'a pas à lui pardonner, mais au contraire à le remercier pour lui avoir épargné un peu de déshonneur.
    Il m'a répondu en signant son envoi de ces simples mots:
    "Merci mille fois, Amitiés fidèles, H.de St Marc"
    Celà me suffit.
  • Vice-amiral DEBRAY
    01 avril 2015 à 00:22 |
    Un officier qui tourne contre ses chefs les armes que le pays lui a confiées, entraînant dans sa félonie les hommes qu'il a l’honneur de commander ne mérite ni admiration, ni respect, ni indulgence, quels que soient les mérites qu'il a pu acquérir auparavant.
  • Christian L'HUILLIER
    01 avril 2015 à 10:52 |
    Merci mon généra de cette réaction au profit de la mémoire de cet exceptionnel soldat qu'était le Commandant Denoix de Saint Marc.
    De plus une vidéo circule actuellement sur le net qui met en scène MITTERAND soi-même en 1982, dénonçant et rappelant que cette date du 19 Mars 1962 n'est pas convenable car elle occulte des dizaines de milliers de morts massacrés massacrés par le FLN entre cette date et le 1° Juillet 62.
  • guy hubin
    01 avril 2015 à 15:17 |
    Oui, oui, Hélie de Saint Marc est une personnalité courageuse et honnête et à ce titre éminemment respectable. Mais enfin, il a participé à une grosse bêtise que nous paierons sans doute longtemps. La rébellion des soldats contre l'autorité de l'Etat est, qu'on le veuille ou non, un crime.
    Sans doute avaient-ils, lui et ses camarades, de solides circonstances atténuantes. Assurément le pouvoir politique avait très longtemps fait preuve d'aveuglement en faisant combattre ses armées pour un objectif jamais clairement précisé. Oui, dans les moments ayant précédé leur rébellion, le pouvoir a fait preuve d'un cynisme difficile à supporter. Mais de là à prendre les armes contre lui en défendant une cause très discutable reste une faute tactique, stratégique et politique. Ça fait tout de même beaucoup pour un officier.
    Au moment des faits, l'auteur de ces lignes, porté par ses passions, était de tout coeur avec les putschistes. Avec le recul, il ne peut s'empêcher de penser qu'ils auraient mieux fait de rester tranquilles.
    général (2°S) Guy Hubin
  • chavase
    04 avril 2015 à 18:22 |
    Bravo, mon général et merci pour votre intervention si justifiée?
  • Hubert BRITSCH
    11 avril 2015 à 11:00 |
    oui, mon général, il s'agit bien d'un crime au sens propre du terme. Mais combien de criminels ne nous ont-ils pas réjoui en "désertant" de l'armée régulière en 1940 pour rejoindre un général secrétaire d'état en fuite? N'aurions nous pas aimé voir plus de gendarmes et de policiers "criminels" se révoltant contre les ordres épouvantables du gouvernement de Vichy, légal sinon légitime? Les putchistes ont échoué, donc ils ont eu tort. Mais s'ils avaient réussi? Le cdt de Saint-Marc savait très bien ce qu'il faisait, puisqu'il ne s'est pas enfui, mais rendu aux autorités. C'est encore une fois tout à son honneur.
    Trés cordialement
Poster un commentaire

Vous êtes indentifié en tant qu'invité.