LIBRE OPINION du Général d’armée Pierre de VILLIERS, Chef d'Etat Major des Armées. «Lettres à un jeune engagé» - Sincérité.

Posté le dimanche 21 mai 2017
LIBRE OPINION du Général d’armée Pierre de VILLIERS, Chef d'Etat Major des Armées. «Lettres à un jeune engagé» - Sincérité.

Mon cher camarade,

« Sine cera ». C’est lorsqu’il est « sans cire » et qu’il se laisse traverser par la lumière, que le miel est considéré comme le plus pur. L’image est belle ; elle serait à l’origine du mot dont j’ai choisi de vous parler, aujourd’hui.

La sincérité est définitivement étrangère à toute forme d’hypocrisie, de mensonge ou de simulation. Révélant les choses telles qu’elles sont, sans les travestir, elle va de pair avec la loyauté et la franchise ; deux vertus attachées à notre état militaire et qui nous sont volontiers reconnues. Ainsi, Stendhal remarquait-il, pour s’en réjouir, que : « la véritable franchise existe parmi les jeunes sous-officiers de cavalerie, braves comme leur épée ». Pour les sous-officiers de cavalerie, c’est toujours vrai ; j’ajoute évidemment qu’ils ne sont pas les seuls !

Pour nous, militaires, la sincérité n’est jamais une option. Elle fonde les relations qui existent entre nous, et c’est sur elle que repose la confiance, condition indispensable pour la victoire. Confiance du chef militaire dans la loyauté de son subordonné. Confiance du subordonné dans la justesse des ordres de son chef. Sans le ciment de la sincérité, l’édifice, tout entier, ne tarderait pas à se lézarder.

La sincérité résulte toujours d’un choix libre. Vous choisissez d’en faire une règle de vie, mais on ne peut vous l’imposer de l’extérieur. Rien n’est plus étranger à la sincérité que l’aveu sous la contrainte. Être sincère, ce n’est pas dire ce que les gens ont envie d’entendre, mais ce qu’ils sont en droit d’entendre, avec le souci de la véracité et de la constance. Forgez-vous des convictions ; restez ouverts à la contradiction mais ne tombez pas dans le cercle vicieux des sincérités successives, professées la main sur le cœur !

Parce qu’elle procède d’une ouverture, vous vous doutez bien qu’elle peut être risquée. La sincérité vous expose et peut même exposer d’autres que vous. Ce n’est pas une raison suffisante pour y renoncer, mais elle appelle, en revanche, deux précautions essentielles.

La discrétion, d’une part. Ainsi que l’a écrit André Maurois : « la sincérité est de verre ; la discrétion est de diamant ». La tendance actuelle à la transparence excessive sur les réseaux sociaux n’a rien à voir avec la sincérité. N’oubliez pas que la menace cyber exige prudence et retenue.

Le discernement, d’autre part ; car on peut être, à la fois, sincère et prisonnier d’une illusion. En conséquence, recherchez la vérité avec passion. De même, dîtes-vous que la sincérité est un trésor qui se mérite. Dans le combat qui nous oppose à l’adversaire, ne faîtes pas l’économie de la ruse qui crée la surprise ! Soyez sincères, mais ne soyez pas naïfs !

Je terminerai cette lettre sur quelques mots que le maréchal Lyautey écrivit, au soir de sa vie, à l’un de ses amis : « Ton amitié ne vaut que par ta franchise sans réserve ». Ce qui est vrai pour l’amitié est vrai aussi pour la cohésion ! La sincérité convainc ; elle emporte l’adhésion et fait naître la fraternité vraie, qui est notre trésor.

Dans ma prochaine lettre, je vous livrerai les réflexions diverses que m’inspirent certaines devises de nos trois armées.

 

Fraternellement et sincèrement,

Général d’armée Pierre de Villiers

Source : https://www.facebook.com/cema.armeefrancaise
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