Libre opinion du général DELORT président de l'association des anciens de Saint-Cyr

Posté le lundi 27 juillet 2015
Libre opinion du général DELORT président de l'association des anciens  de Saint-Cyr

L’Histoire et ce que l’on en fait

Le maréchal Joukov, premier maréchal soviétique de la Seconde guerre mondiale, héros devant Moscou et Leningrad, artisan de la victoire de Koursk, vainqueur à Berlin, s’est vu l’objet d’une longue action de diffamation de la part de Staline, puis plus tard de Khrouchtchev. Les Soviétiques ont été des maîtres en matière de réécriture de l’histoire. Ils ne sont pas les seuls et les Français n’y échappent pas. Le général Bigeard, figure légendaire des parachutistes, exemple parfait de la vraie méritocratie, n’a pas eu, en 2010, tout l’hommage de la Nation qui aurait dû le voir « entrer » aux Invalides ; la peur de « certaines voix » en serait la raison. Plus près de nous, en septembre 2014, le maréchal Joffre aurait pu être honoré pour avoir sauvé la France mais d’aucuns n’ont retenu que son exigence à tenir coûte que coûte, à défaut de progresser, alors qu’au même moment gouvernants et opinion publique de l’époque étaient en grand désarroi. Dans la soumission au politiquement correct, je veux encore citer des autorités politiques incapables en 2005 de célébrer honorablement le bicentenaire de la victoire d’Austerlitz, superbe entre toutes, sous prétexte que Napoléon Bonaparte ne portait pas, à son époque, les valeurs qui sont retenues au XXIè siècle !

L’histoire n’est pas faite pour être réécrite mais dite, analysée et non jugée, et si possible de façon impartiale. Les héros n’ont pas à être désignés des dizaines d’années plus tard par des historiens idéologiquement engagés ou par de pseudo-journalistes prompts aussi à l’invective contre un « quarteron de généraux en retraite » (sic) qui cherchent à s’exprimer au nom de leurs adhérents qui sont très nombreux à avoir participé ou contribué à l’histoire de la République avec ses misères et ses moments de gloire. J’espère que les combattants d’aujourd’hui seront mieux entendus demain quand ils donneront leur avis sur l’histoire de leur pays. Le mépris qui a voulu être porté aux dizaines de présidents d’associations patriotiques et du monde combattant par des politiciens et des journalistes lors des débats concernant les fusillés de la Grande Guerre puis le Panthéon ne rehausse pas ces derniers.

L’histoire n’est pas la propriété des politiques ou des historiens mais celle des peuples des nations, alors il ne faut pas la travestir, la détourner. L’histoire n’est pas de la race des girouettes. Alors, que faut-il faire ? Tenir, résister, témoigner ! Tenir quand on a de bons arguments, résister à la repentance et au politiquement correct dès lors que l’histoire est jugée et réécrite, témoigner quand on peut le faire et toujours avec clarté, cohérence et loyauté.

Mais le soleil brille aussi et il y a des raisons d’espérer. Le ministre de la Défense, le CEMAT, ont validé le choix de la future promotion de l’ESM de Saint-Cyr qui sera baptisée fin juillet : un superbe officier tué dans son char en septembre 1944 après avoir combattu sans cesse en 1940, notamment sur les ponts de Saumur, puis être entré dans la Résistance, arrêté, évadé, avant de rejoindre l’Algérie en sous-marin, l’étendard de son régiment enroulé autour de son corps... Magnifique exemple et gage d’espoir : le chef d’escadrons de Neuchèze.

La colère que vous avez cru lire en moi est réelle mais c’est celle aussi, parfois plus virulente, de très nombreux d’entre nous, jeunes et anciens. La France est engagée dans des opérations militaires difficiles, et dont les objectifs politiques et militaires sont compris, mais la qualité de ses armées s’appuie sur des forces morales liées à l’Histoire de France et à l’engagement de tous les régiments et unités.

Passé, présent et avenir sont dépendants de façon unilatérale. La rupture mène toujours à la catastrophe. Croyons en l’avenir et n’acceptons pas, maintenant, le travestissement du passé !

Général de corps d’armée (2s) Dominique DELORT 

 

Source : Général de corps d’armée (2s) Dominique DELORT
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