LIBRE OPINION : Editorial du président du G (2S) *

Posté le dimanche 07 septembre 2014
LIBRE OPINION : Editorial du président du G (2S) *

 Avant le débat budgétaire sur le projet de loi de finances 2015, et après les récentes tentatives de Bercy de revenir sur les assurances présidentielles concernant le respect du volume financier accordé par la loi de programmation militaire 2013-2019, il n’est pas inutile de regarder à nouveau la finalité d’une défense militaire. D’autant que le contexte mondial, de plus en plus instable pour des raisons bien connues qu’il n’est pas utile de rappeler ici, incite naturellement à lever les interrogations qui pèsent sur l’avenir de nos armées. Celle des crédits, d’abord, alors que l’échéance de la clause de révision de la LPM en 2015 va revenir sur le devant de la scène. Celle de l’évolution de leur organisation et de la diminution de leur format également, après un vent de réformes, toujours à l’œuvre, qui remet en question leur disponibilité et leurs capacités. Le fait que l’ensemble des nations européennes participent de cette « philosophie » générale n’est en rien une justification pour la France, même si sa position reste, pour l’instant, la moins mauvaise en comparaison des autres.

L’évolution d’un monde secoué par des crises diverses menant de facto à des états de guerre, conséquence directe de la disparition des blocs, a conduit à orienter nos armées vers l’action et l’engagement offensif sous la forme de corps expéditionnaires. Cette politique interventionniste a rendu nécessaire le passage à une armée de métier avec la professionnalisation de ses trois composantes, terre, mer et air. Cependant, la diminution drastique des crédits consacrés à la défense, antérieure à cette professionnalisation, s’est poursuivie ensuite sans relâche, conduisant de manière insidieuse à n’organiser les armées qu’en vue de ces actions extérieures, elles-mêmes conduites avec parcimonie quant aux effectifs et aux moyens déployés sur chaque théâtre. Et, délaissant ainsi, de manière implicite, la défense militaire du pays et de sa population : il suffit de rappeler la faiblesse du contrat opérationnel de 10 000 hommes défini pour les forces terrestres sur le territoire national dans le Livre blanc de 2013 pour s’en persuader. Reste la dissuasion nucléaire, bien sûr, qui nous condamne, dans ces conditions, à la stratégie du tout ou rien…

Cet état de fait, peu connu ou méconnu de nos concitoyens, n’est pas sans inquiéter tous ceux que la défense militaire de notre pays préoccupe, au premier rang desquels se trouvent bien évidemment ceux qui ont fait vocation d’y consacrer leur vie.

Le G2S poursuit en ce sens, avec ce dixième dossier, qui sera délivré en deux envois, son action d’information dans le but de susciter un débat public sur les questions de défense. Le présent document ne prétend pas répondre aux inquiétudes évoquées plus haut. Son objet reste bien d’aider à la réflexion en examinant, dans cette première partie, l’historique récent, les attendus, les grandes options, les caractéristiques principales et les évolutions probables des opérations extérieures telles que les conçoivent nos armées, notamment lorsqu’elles sont conduites dans le cadre de l’ONU ou en relation avec elle. Dans sa seconde partie (prochain envoi), ce dossier se focalisera sur des aspects particuliers et critiques de nos interventions hors de nos frontières : le soutien des forces engagées, l’impératif d’aéromobilité « terrestre » et la nécessaire différenciation à faire entre forces spéciales et forces conventionnelles, tous aspects qui demandent à être mieux appréciés par ceux qui ont à décider de l’évolution de nos capacités d’action armée.

Ce dossier est sans aucun doute inhabituellement long au regard des précédentes réflexions proposées dans les envois du G2S. Mais, l’importance du sujet nous paraît justifier l’effort demandé au lecteur pour se forger une opinion personnelle et mieux connaitre les risques encourus par notre pays s’il poursuit sur la pente prise depuis des années : elle conduira inéluctablement au déclassement de notre appareil militaire et principalement de ses capacités d’intervention aéroterrestre, sans parler de son incapacité à tenir son rôle de dernier recours sur le territoire national, éventualité que les chefs militaires ont le devoir d’instruire.

Les auteurs du dossier

La première partie est rédigée par le général Jean-Claude Thomann, ancien commandant de la force d’action terrestre (aujourd’hui CFT) et le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès des Nations unies à New-York. La seconde partie reviendra aux généraux (2S) : Jean-Claude Allard, ancien commandant de l’aviation légère de l’armée de terre (ALAT), Henri Poncet, ancien commandant des opérations spéciales (COS) et Jean-Tristan Verna, ancien directeur de la Structure intégrée de maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres (SIMMT).

L'expertise acquise sur le terrain par ces officiers généraux et leur connaissance approfondie des problématiques dont ils traitent en font des commentateurs privilégiés de l'actualité de défense. Bénéficiant du recul nécessaire à un jugement objectif et s'appuyant sur de solides sources d'information qui leur permettent d'actualiser en permanence leurs évaluations, ils sont en mesure d'apporter au débat des contributions dont la pertinence ne saurait être moindre que celle d'experts autoproclamés.

Général d’armée (2S) Jean-Marie FAUGERE

Ancien inspecteur général des armées

 

*  L’indifférence autour des questions de défense et la méconnaissance des questions militaires sont largement partagées par nos concitoyens et leurs élites. De ce constat navrant dont souffrent nos armées, est née l’ambition du cercle de réflexion « G2S » d’apporter sa contribution à l’information de la société civile sur la défense en général et l’armée de terre en particulier et de prendre part au débat continu sur les questions stratégiques et de défense.

Le G2S est un groupe constitué d’officiers généraux de l’armée de terre qui ont récemment quitté le service actif. Ils se proposent de mettre en commun leur expérience et leur expertise des problématiques de défense, incluant leurs aspects stratégiques et économiques, pour donner leur vision des perspectives d’évolution souhaitables de la défense.

Lire le Bulletin n°10

Source : G2S
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