LIBRE PROPOS de Dominique BAUDRY : Le verre à moitié vide.

Posté le vendredi 09 septembre 2016
LIBRE PROPOS de Dominique BAUDRY : Le verre à moitié vide.

Le Café du Commerce, dont on se moque volontiers, est un lieu où le débat repose sur du bon sens. Ce matin la conversation vint inévitablement sur les attentats qui, depuis deux ans déjà, frappent la France et font monter l’émotion à chaque nouvelle victime civile du terrorisme. Et pourtant il faut avec François Fénelon, dans le Dialogue  des morts (1651-1715), convenir que « toutes les guerres sont civiles, car c’est toujours l’homme contre l’homme qui répand son sang ». A cet égard la Seconde Guerre mondiale, qui a coûté la vie à 30 millions de soldats et 35 millions de civils, fut une sinistre démonstration.  Aujourd’hui, notre pays est cruellement frappé par un ennemi terroriste qui a fait près de deux cent cinquante   victimes civiles au cœur de nos villes, alors que dans le même temps dix-sept de nos militaires sont « morts pour la France » au lointain Mali, où ils sont engagés, depuis janvier 2013, contre des forces djihadistes diluées dans le Sahel. Alors, le vaste champ de bataille dont on parle, sans vraiment le nommer, semble bien moins militaire que politique.

 

« Nous sommes en guerre », proclament nos gouvernants.  A la demande de la France en effet, selon la résolution 2249 du Conseil de Sécurité de l’ONU, en date du 20 novembre 2015,  l’ennemi est clairement identifié : « l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL), également connu sous le nom de Daech, constitue une menace mondiale d’une gravité sans précédent contre la paix et la sécurité internationales ». Cette guerre que nous  devons mener est conforme à l'idée que la communauté internationale se fait du droit et de la justice. Il s’agit désormais  bien moins d’une question juridique que politique. Sur le terrain irako-syrien, d’après le général américain Mac Farland commandant la coalition disparate qui compte à peine trente pays contre l’Etat Islamique, 45 000 combattants de l’organisation Daech auraient été tués au cours des deux ans de bombardements aériens. Le combat parait donc être celui, asymétrique, de David contre Goliath et son issue inéluctablement en faveur du géant. Pour autant, suite aux attentats et assassinats terroristes pervers,  la sauvagerie déclenche dans la population un traumatisme  psychologique, la crainte d’actions futures imprévisibles et une déstabilisation grave du contexte politique en France, mais aussi dans d’autres démocraties occidentales.

 

S’il semble ainsi juridiquement légitime et moralement acceptable de faire cette guerre, les buts mobilisateurs, symboles de la détermination à vaincre, demeurent toutefois mal perçus par les Français. Par le passé, au cours de la Première Guerre mondiale,  une affiche gouvernementale cherchait à galvaniser le pays. « Pour défendre la France versez votre or », « L’or combat pour la victoire ». Ce double slogan est un appel au civisme et au patriotisme. Il  étend la défense de la patrie à l’ensemble de la population et établit une juste répartition des sacrifices déjà consentis par les combattants du front. En 2016, la guerre a changé de nature. La surprise stratégique est rare, le terroriste a des armes et pas d’état d’âme. Daech n’est pas même un état régalien, ses combattants, une troupe hétéroclite ou des civils radicalisés, auxquels le « droit de la guerre et de la paix », dont le fondement fut posé par Hugo Grotius, juriste, théologien et diplomate hollandais (1583-1645), est tout à fait étranger, voire relève du  mécréant. Pour combattre ce fléau totalitaire (1), qui porte atteinte à la cohésion de la Nation, d'aucuns voudront mettre en œuvre, avec les outils novateurs du présent, un  concept d'action stratégique antiterroriste immédiatement efficace. Il s’agit, avant tout, d’une question politique. Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, c’est pourquoi il faut laisser à d'autres plus compétents le soin d'apporter des réponses. Pour autant, ce matin, au sein d’une équipe du dispositif Sentinelle, qui n'en peut mais en passant devant le Café du Commerce, un de ces jeunes soldats hautement dévoués à la mission a pu distinctement entendre des paroles venant des habitués ; « …qu’il n’était plus possible de se satisfaire d’un ravaudage du système de sécurité nationale et de défense atrophié» … « A défaut, le verre ballon servi au bar pourrait bien sembler à moitié vide et les prochaines victimes seraient, comme d’habitude, les simples citoyens, et la grandeur de la France, dirait le Général! »(2)

 

 

 

Dominique BAUDRY
Membre de l’ASAF

 

 

 

  1. Géopolitique de l’apocalypse par F. Encel éditions Champs, Flammarion 2002.
  2. « Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde ». Charles de Gaulle 1er mars 1941.

 

Source : Dominique BAUDRY, Membre de l’ASAF
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