PROCHE-ORIENT : Le Pentagone contre le commerce.

Posté le samedi 07 mai 2016
PROCHE-ORIENT : Le Pentagone contre le commerce.

Si la récente tournée de Barack Obama au Proche-Orient a pour but d’entériner auprès du GCC la réduction de l’implication militaire américaine dans la région, celle-ci est en contradiction avec la politique de rente commerciale sur les contrats d’armements.

Jusqu’à présent, Washington rassurait ses alliés arabes, face aux craintes suscitées par Téhéran, en renouvelant régulièrement ses autorisations d’exportations de matériels de dernières générations, conduisant, par exemple, entre 2008 et 2011 à la sécurisation pour l’industrie américaine de 15 milliards de dollars de contrats.

Mais surtout, ces matériels étaient un puissant moyen de contrôle des politiques de défense de ses alliés. Dans la mesure où, sans l’assistance américaine, ces équipements (tant pour des raisons de maintenance, de paramétrages, que d’intégration C4I) étaient inutilisables de manière autonome. Ainsi, les systèmes d’armes et d’autoprotection installés sur les avions de combat, les hélicoptères et les bâtiments de surface étaient livrés scellés… Difficile donc d’expliquer désormais aux alliés arabes qu’ils ne pourront plus compter sur une implication directe des forces américaines !

A contrario, les matériels français suscitent de nouveau l’intérêt, dans la mesure où l’Hexagone a toujours cherché à se démarquer en permettant aux pays clients d’utiliser et de faire évoluer leur matériel selon leurs propres besoins opérationnels en leur donnant accès aux codes sources et aux bases de menaces. Une relation de partenariat donc plutôt que de vassalisation. C’est cette approche qui a permis aux EAU et à l’Egypte de mener des opérations aériennes autonomes contre Daech au-dessus de la Libye grâce à leurs Mirage 2000.

De plus, depuis 2011, le Proche-Orient doit faire face à une menace asymétrique face à laquelle les armements conventionnels les plus coûteux et compatibles avec la doctrine de « Network Centric Warfare » semblent inadaptés. Non seulement à l’égard du terrorisme djihadiste, mais aussi de la « soft power » déployée par Téhéran, via l’implication militaire des Gardiens de la Révolution, pour étendre sa zone d’influence en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen.

Même si en cumulé, la supériorité militaire et sécuritaire du GCC est écrasante face aux menaces asymétriques, de fait ses membres sont incapables de l’exercer collectivement sans l’aide de Washington, comme l’ont démontré les opérations de Riyad au Yémen, contre les Houthis, et du Caire dans le Sinaï, face aux djihadistes. Programmées pour assurer un rôle de forces supplétives et conventionnelles, les forces militaires du GCC doivent désormais renouer avec leurs traditions militaires pour faire face au nouveau contexte géostratégique. Et ce, à l’image des EAU et de la Jordanie qui se sont largement investis, et avec succès, dans les opérations spéciales.

 

La Rédaction de TTU

Source : TTU
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