Quand la pub et la mémoire se mélangent : un cocktail au goût amer. LIBRE OPINION du général (2s) Gilbert ROBINET.

Posté le dimanche 14 janvier 2018
Quand la pub et la mémoire se mélangent : un cocktail au goût amer. LIBRE OPINION du général (2s) Gilbert ROBINET.

Pour franchir, dans une ambiance de fête, le passage d’une année à l’autre, une foule compacte de Parisiens, de provinciaux et d’étrangers était massée, comme chaque année, le 31 décembre 2017 au soir, sur les Champs Elysées à Paris.

 

Avant que, projetées sur la façade est de l’Arc de Triomphe (celle qui fait face aux Champs Elysées), sous la forme d’images couleur d’un diaporama, les secondes nous séparant de la nouvelle année ne s’égrènent, d’autres images avaient précédé. Elles narraient l’histoire d’une ménagère, mère Michel moderne, à la recherche de son chat. Ce thème était en fait un prétexte pour effectuer une ballade dans Paris et vanter les mérites architecturaux, culinaires, ou encore des spectacles de la capitale.

 

Si, en soi, promouvoir les attraits de la Ville Lumière pour, par écrans de téléviseurs, d’ordinateurs ou de Smartphones  interposés, y faire venir un maximum de touristes n’est pas condamnable, le choix du support ayant permis la diffusion de ces images, lui, l’est. En effet, l’Arc de Triomphe n’est autre, depuis le 11 novembre 1920, que l’enveloppe, l’écrin magnifique d’un tombeau : celui du Soldat inconnu. C’est le lieu où sont honorés, tous les soirs à 18 heures 30, (tradition qui ne s’est jamais interrompue, même sous l’occupation allemande), par le geste symbolique du ravivage de la flamme, tous ceux qui ont donné leur vie pour notre pays.

 

De tels spectacles audiovisuels existent ailleurs. Il en est un, remarquable, qui se déroule sur la façade de la cathédrale d’Amiens. Mais les images projetées se rapportent à l’édifice lui-même, aux étapes de sa construction, à son histoire, aux événements qui s’y sont déroulés. Elles ne vantent pas des enseignes de restaurant ou des spécialités culinaires de la ville et ne mélangent pas la symbolique des polychromies religieuses avec des marques de pâtés de canards ou de macarons, spécialités du lieu.

 

Puisque la Grande Roue de la Concorde qui, depuis des années, barre la vue sur le  jardin des Tuileries et défigure la perspective du Louvre doit être démontée, nous nous autorisons à suggérer aux édiles parisiens d’y dresser, pour la prochaine nuit de la Saint-Sylvestre, un écran géant sur lequel un tel spectacle pourrait être projeté sans dommage pour quiconque et permettant de la même façon l’atteinte de l’objectif visé.

 

Ainsi, le Soldat inconnu ne serait pas transformé en homme-sandwich. Il pourrait alors continuer à dormir en paix et perpétuer pour l’éternité le souvenir de tous ceux qui sont morts pour que la France reste la France.

 

Gilbert ROBINET
Officier général (2s)
Secrétaire général de l’ASAF

Site de diffusion : www.asafrance.fr 

Source : www.asafrance.fr

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