TÉMOIGNAGE : Gilets jaunes et ravivage de la flamme.

Posté le lundi 17 décembre 2018
TÉMOIGNAGE : Gilets jaunes et ravivage de la flamme.

Le ravivage de la Flamme du 1er décembre 2018

L’avenue de la Grande Armée était emplie de cris et de fumée. Au bas de l’avenue un camion des pompiers revenait d’éteindre l’incendie d’une voiture. A ma question : Puis-je remonter vers l’Arc de Triomphe pour faire le ravivage de la Flamme, ils répondirent : Oui, à vos risques et périls, mais de toutes façons, vous en prendrez plein la gueule.

En remontant, en effet, je croisais des gilets jaunes et voyais des bandes s’en prendre aux vitrines. Plus haut sur la droite, un peloton de CRS chargeait un groupe mêlant gilets jaunes et cagoulés noirs.

Il suffisait maintenant de traverser pour atteindre l’Arc. Sous l’Arc de Triomphe, à l’emplacement de la tombe du Soldat inconnu, la fumée s’éclaircissait, un groupe de gilets jaunes était présent. Je m’approchai de la tombe du Soldat inconnu. Elle était encadrée de barrières, des personnes l’entouraient, sans agressivité apparente. L’une d’entre elles était sur la dalle sacrée, à l’intérieur du cadre formé par les barrières. Elle me dît être réserviste de l’armée de l’Air, se trouver ici depuis plusieurs heures pour s’assurer que personne ne piétinerait la tombe. Elle portait un gilet jaune et me dît son amertume de voir le dispositif policier arrêté et fixe en haut des Champs Elysées.

Au bureau, sous l’Arc de Triomphe, je retrouvai  mes quatre commissaires de la Flamme, soucieux de savoir comment nous allions faire le ravivage, inquiets pour le drapeau, et peu désireux d’exhiber le glaive, arme provocatrice.

Les gilets jaunes autour de l’Arc ne semblaient nullement agressifs. J’entrepris d’en faire le tour pour leur expliquer que nous allions faire notre cérémonie, avec le drapeau, le glaive et une gerbe. Aucun n’émit la moindre intention de nous en empêcher.

A 18h00, nous sommes montés dans l’encadrement des barrières autour du tombeau.

Les gilets jaunes écoutèrent la description de ce que nous allions faire. Ils se regroupaient, très nombreux autour de la tombe. Une charge de la police en haut de l’avenue de la Grande Armée, copieusement appuyée de lacrymogènes, nous fit profiter de l’effet des gaz. Cela n’a duré que trente secondes car le vent est permanent sur l’Arc de Triomphe, mais c’était très suffisant pour que les larmes nous rougissent les yeux.

La mise en place et le salut du drapeau de la Flamme imposent le silence. Le texte  Au soldat inconnu  est écouté dans un calme relatif. La gerbe est déposée, la ferveur monte. Le ravivage de la Flamme déclenche un mouvement de curiosité. La minute de silence n’existe qu’autour de la tombe. La Marseillaise retentit alors, reprise par une centaine de gilets jaunes qui lui donnèrent volume et ferveur.

La cérémonie est terminée. Nous repartons sous les Bravo les anciens ! et les applaudissements de tous ceux qui sont ici pour manifester un mécontentement qui, un moment, s’est transformé en respect à notre Soldat inconnu.

Les caméras n’étaient pas présentes pour montrer cela. Comme chaque jour, depuis le 11 novembre 1923, la Flamme du Soldat inconnu a été ravivée.

 

Le 8 décembre

A 8h00, nous étions huit, à 10h00, nous étions dix, à 15h00, nous étions quinze.

A 8h30, douze anciens de l’union européenne des parachutistes, sont parvenus jusqu’à l’Arc de Triomphe. Nous avons suivi le cérémonial prévu (lecture du texte  Au Soldat inconnu, minute de silence, Marseillaise) avec une certaine émotion. Ensuite, des anciens combattants sont venus seuls se recueillir sur la tombe, accueillis par les commissaires de veille au tombeau puis entourés de nous tous.

L’adjoint du directeur général de la Gendarmerie nationale est venu inspecter le dispositif et a tenu à nous rencontrer. De même,  le commissaire divisionnaire, responsable de la protection de l’Arc est venu nous rendre visite plusieurs fois.

            Même si des incidents se produisaient dans les rues et avenues voisines, nous n’avons jamais eu à craindre. Nous voyions le ballet calme et discipliné des escadrons de Gendarmerie se déplacer au gré du besoin, leurs véhicules, y compris les blindés, faire mouvement, le tout avec une parfaite maîtrise.

Une délégation de la protection civile, à l’œuvre sur place, nous a rejoint pour la cérémonie, la délégation de Bagheera (association des anciens du 11e choc) est arrivée avec une vingtaine de ses membres, nous avons fait une belle cérémonie à 18h30 et chanté la Marseillaise dans le silence impressionnant qui entourait la Place de l’Etoile : pas de circulation, les manifestants repoussés assez loin pour qu’on ne les entende plus.

Le général Dary s’est inquiété en permanence de notre situation qu’il suivait attentivement sur France 4 depuis l’Algérie (il m’a écrit : Je vous espionne). Son dernier message était pour féliciter tous et toutes les commissaires qui avaient veillé sur « notre » Soldat inconnu cette journée du 8 décembre.

 
Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

 

Source : www.asafrance.fr
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