COUPE DU MONDE DE FOOTBALL : Une envie d’être Français. LIBRE OPINION du Général (2s) Gilbert ROBINET.

Posté le vendredi 20 juillet 2018
COUPE DU MONDE DE FOOTBALL : Une envie d’être Français. LIBRE OPINION du Général (2s) Gilbert ROBINET.

La victoire de l’équipe de France de football à la coupe du monde, en Russie, à l’été 2018, a une valeur exemplaire qui va bien au-delà de simples considérations sportives. C’est d’abord le succès d’un groupe qui, sans considération des origines de ses membres, a réussi grâce au travail, à la fraternité, à la cohésion.  Mais, je pense aussi que les joueurs de cette équipe nationale ont été mus, sciemment ou inconsciemment, par un  puissant moteur : leur  mise à disposition à une cause qui les dépassait tous et qui, peu ou prou, ressemblait aux promesses et aux valeurs de la République. Ils voulaient que leur pays, la France, soit fier d’eux.

C’est aussi le succès d’un responsable, Didier Deschamps, le sélectionneur de l’équipe, qui s’est comporté en  véritable patron en faisant montre de toutes les qualités attendues d’un chef suscitant le respect. A partir d’individualités choisies par lui, tous hommes de caractère et de tempérament, Didier Deschamps a réussi à constituer un groupe uni, compact, somme de toutes les qualités individuelles et dans lequel les egos ont cédé le pas devant une motivation collective : la victoire. Il a su rester sourd aux chants des nombreuses sirènes qui lui recommandaient, voire même lui intimaient, de sélectionner Untel, aux qualités footballistiques de niveau mondial unanimement reconnues, plutôt qu’Untel car, à ses yeux, le premier présentait le risque de nuire à la cohésion du groupe.

Somme toute, ce « coach » a su mettre en œuvre et faire partager à ses joueurs des vertus anciennes qu’il a remises au goût du jour, comme l’humilité et la solidarité. Mais, il semble qu’à travers un phénomène étrange de diffusion de l’exemplarité, ces vertus aient soudain atteint le peuple tout entier. C’est bien une forme de communion qui s’est emparée du public français et qui s’est manifestée le 16 juillet au soir sur les Champs Elysées où s’est manifestée une forme d’ivresse bienfaisante, légère, étrangère à toute tentative de récupération idéologique et à un quelconque référencement  politique. Il en avait déjà été de même la veille, dès la victoire connue.

Grâce à nos footballeurs et à leur chef, le football est devenu le dernier oasis où la manifestation de son  patriotisme, voire d’une forme de nationalisme, est autorisée et même recommandée, sans risquer de se voir traiter  de fasciste. Le Black-Blanc-Beur de 1998 qui voulait faire croire qu’enfin la tolérance à l’autre, fusse-t-il différent, était devenue la règle en même temps que l’application définitive de la Fraternité de notre devise nationale, alors que, quatre ans plus tard, monsieur Le Pen était au deuxième tour de l’élection présidentielle, a laissé heureusement la place au Bleu-Blanc-Rouge.

Dans la foule des Champs Elysées, les drapeaux tricolores étaient pléthore et, contrairement à 1998, on n’y voyait pas (ou très peu) de drapeaux étrangers, en particulier, algériens. La Marseillaise, chantée spontanément par nos joueurs et leur « staff » au stade de  Moscou, juste après leur victoire, a été reprise ce soir-là, à l’Elysée, par les mêmes toujours  euphoriques et, de ce fait, un peu « brouillons » dans leur interprétation, comme elle l’avait été auparavant  sur les  Champs, par les centaines de milliers de personnes qui les avaient attendus, parfois jusqu’à six ou huit heures durant, pour les acclamer.

Quelle que soit la couleur de la peau de certaines d’entre-elles,  interrogées par des journalistes lors de cette attente, sur les raisons de leur présence, la réponse était identique : nous sommes heureux de la victoire de la France, nous sommes fiers d’être Français et nous voulons le leur dire. Mais, ce qu’à titre personnel, j’ai trouvé le plus intéressant et le plus émouvant, c’est, le lendemain soir, à la télévision,  la « sortie » d’un gamin appartenant au même club de football que celui où a débuté le joueur Kylian Mbappé et visiblement comme lui « issu de l’immigration » : Mbappé, il a passé son bac quand il était déjà professionnel. Ça se fait pas d’un claquement de doigt ; il faut bosser.

Cette victoire a été aussi, à mes yeux de non spécialiste du football, celle d’un jeu nouveau, fluide, mélangeant l’attaque et la défense, un jeu de solidarité où l’on peut avoir apporté une contribution essentielle sans avoir  marqué un seul but, un jeu où la possession du ballon et la domination de l’espace ne comptent pas, mais seulement la fulgurance finale, utile, décisive de quelques attaquants lancés comme des flèches dans le dispositif adverse.

Et si cette fois, à la différence de 1998, cette victoire apportait vraiment un renouveau de fierté, de foi en l’avenir, de confiance en soi chez nos concitoyens ? Si ceux-ci prenaient conscience que, même venus de nulle part, comme la chanson dédiée au joueur Benjamin Pavard, auteur d’un but fabuleux, le désigne, on peut, grâce au travail, à la persévérance, à la discipline de vie, « marquer des buts » décisifs pour son pays ?

Avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple  disait Renan qui ajoutait : avoir souffert ensemble : oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. Les joueurs de l’équipe de France ont souffert en commun et nous ont aussi, au cours de certains de leurs matchs, fait un peu souffrir ; mais ils nous ont donné la joie de la victoire.

 

Si une équipe de vingt-trois jeunes, mélangeant amour de la blague et maturité stratégique, a été capable, en un mois, de nous redonner confiance en nous et optimisme, alors aucune force ne  pourrait s’opposer à 67 millions de Français unis  et désireux d’accomplir un grand destin.

 

Gilbert ROBINET
Officier général (2s)
Secrétaire général de l’ASAF

 

Rediffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

 

Source : www.asafrance.fr

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