OFFICIEL : Discours d’ouverture des Assises nationales 2015 de la Recherche stratégique de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de la Défense, à Paris, le 1er décembre 2015. (Extrait)

Posté le jeudi 03 décembre 2015
OFFICIEL : Discours d’ouverture des Assises nationales 2015 de la Recherche stratégique de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de la Défense, à Paris, le 1er décembre 2015. (Extrait)

« Qui est l’ennemi ? »

 

Discours d’ouverture des Assises nationales 2015

de la Recherche stratégique

 

de M. Jean-Yves Le Drian,

ministre de la Défense


A Paris, le mardi 1er décembre 2015

(Extrait)

 

 

(…)

Il me semble que nous pouvons – et devons – le caractériser de trois façons.

- 1° Daech n’est certes pas un Etat au sens juridique du terme ; on ne peut donc, par exemple, lui déclarer formellement la guerre. D’un point de vue stratégique, en revanche, nous avons bien affaire à un « proto-Etat », qui a soumis un territoire vaste comme la Grande Bretagne et une population d’environ 10 millions d’habitants, qui dispose de capacités militaires et financières que de nombreux Etats n’ont pas, qui tente d’exercer des pouvoirs régaliens traditionnels (notamment celui, hautement symbolique, de frapper monnaie) ainsi que certaines attributions de l’Etat-providence (en matière d’éducation d’action sociale en particulier).

Bien sûr, c’est un « proto-Etat » incomplet. Du fait de son histoire récente et de ses effectifs relativement limités (estimés entre 20 000 et 30 000 combattants), du caractère aléatoire de ses alliances, Daech n’exerce pleinement son autorité politique et idéologique que sur une fraction assez modeste du territoire et de la population qu’il revendique, à la manière de certains Etats faibles ou fragiles. Surtout, Daech se distingue fondamentalement d’un Etat au sens juridique par le fait que l’articulation entre une population, un territoire et un Gouvernement n’est pas clairement établie, et qu’il n’est pas reconnu par la communauté internationale. Mais force est de constater qu’il compense cette incomplétude par la violence extrême et désinhibée qu’il exerce sur les populations soumises et qui tient lieu de système de gouvernement.

 

- 2° A côté de ce proto-Etat terroriste, il y a une armée terroriste, celle du djihadisme transnational, sur lequel Daech est en train de prendre l’ascendant, au rythme d’une dangereuse compétition avec Al Qaida. Le djihadisme, c’est une nébuleuse de mouvements de taille et d’efficacité diverses, qui opère par-delà les frontières, jusque sur notre sol. La dangerosité de l’ennemi, ici, est liée à sa plasticité.

Au sein de cette armée, se distinguent des « foreign fighters » en nombre encore croissant à l’heure où je vous parle, notamment des citoyens français qui se radicalisent jusqu’à devenir des ennemis entraînés là-bas et renvoyés ici avec un projet de mort.

Ici, je l’ai dit à de nombreuses reprises ces derniers mois, il y a une continuité de la menace, sur les fronts extérieur et intérieur, qui appelle en retour une cohérence de notre action militaire. Intervenir en Syrie pour frapper Daech en ses repaires, c’est du même coup protéger notre territoire et notre population.

Prenons garde cependant, derrière cette continuité opérationnelle avérée, à ne pas faire le jeu de l’ennemi en voyant un continuum politique de la menace.

Pour ma part, je ne parlerai jamais d’« ennemi de l’intérieur » : si le combattant de Daech en Syrie et en Irak est un ennemi, et doit être traité comme tel, le terroriste sur le territoire national est un criminel, et doit être traité comme tel. Du reste, parler d’« ennemi de l’intérieur » est la porte ouverte à une stigmatisation infondée et dangereuse, qui est justement ce que certains théoriciens ennemis recherchent.

- 3° Daech, c’est enfin une idéologie particulièrement dangereuse. C’est celle du takfirisme (cette version du salafisme qui prône la violence). C’est aussi celle du « Califat » proclamé par Abou Bakr al-Baghdadi en juin 2014. En voulant renouer avec la geste conquérante des premiers califes et de la dynastie des Omeyyades qui, entre 661 et 750, assurèrent l’expansion fulgurante et immense de l’islam, jusqu’en Espagne et aux confins du Pakistan, Daech exerce ainsi la puissante attraction d’une utopie en construction. Mais cette idéologie, millénariste et simpliste, martèle que cette construction se fera dans le sang et dans la guerre, contre ceux qu’ils appellent les « déviants » (les musulmans sunnites modérés), les « hérétiques » (les musulmans chiites), les « païens » (les Yézidis notamment) ou encore les « judéo-croisés » (en l’espèce les Occidentaux).

L’objectif de cette idéologie, c’est bien un projet de construction d’une société nouvelle et d’un homme nouveau. La destruction des vestiges du passé préislamique, l’endoctrinement et l’apprentissage de la violence dès le plus jeune âge, le lavage de cerveau particulièrement violent dont font l’objet les « foreign fighters » à leur arrivée en Syrie, concourent à cet objectif.

Je me suis permis d’insister sur la dimension idéologique, parce que c’est malheureusement la plus difficile et la plus importante à réduire. En définitive, on peut neutraliser les combattants de l’ennemi, on peut endommager ses structures, mais il est autrement plus complexe de détruire une idée. De ce point de vue, il y a fort à parier que l’idéologie djihadiste, qui existait avant Daech, lui survivra probablement. Nous devons aussi nous y préparer.

(…)

 
Avis du président de l’ASAF

Chacun notera la subtile distinction faite par le ministre de la Défense entre « le combattant de Daech en Syrie qui est un ennemi et le terroriste sur le territoire national qui est un criminel. »
En changeant de pays, l’ennemi change donc de statut ?
Lequel est le plus dangereux pour la France ? Celui qui combat en Syrie contre une armée ou celui qui massacre la population désarmée, en France, au nom de la même idéologie et pour le même objectif, le même but…de guerre ?

 

Pour lire, dans son intégralité, le discours de M. Jean-Yves Le Drian, Ministre de la Défense, cliquez sur la vignette ci-dessous.

 

Discours du MD LD  

 

Source : Ministère de la Défense
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