CORONAVIRUS : Fragilité de la démocratie française

Posté le vendredi 20 mars 2020
CORONAVIRUS : Fragilité de la démocratie française

Chacun sait qu’en temps de crise, les événements s’accélèrent et la synthèse devient difficile. Un affolement pousse l’autre. Il y a tout juste un peu plus de 15 jours, je rentrais d’Asie, d’une région où tout le monde se protégeait aux frontières.

Étonné de la facilité de l’arrivée à Roissy, où je ne voyais aucun contrôle, vaguement inquiet du contraste, j'ai été rassuré par les propos des uns et des autres, ancienne et nouveau ministre de la santé compris qui eurent sur moi l’effet anesthésiant d’un hallucinogène Tout allait bien.

Aujourd’hui, brutal changement de décor. La France, aux prises avec le très toxique « en même temps » présidentiel, a déclaré une alerte générale et s’apprête à voter « l’urgence sanitaire ». Non sans avoir, par obsession idéologique, d’abord laissé ouvertes les frontières et, au passage, autorisé des municipales dont la faible participation du premier tour frise l’invalidation. C’était tout juste 24 heures avant de proclamer sans le dire le confinement, dont on s’apprête à prolonger la durée.  

Pendant ce temps, le Vieux Pays, malmené par la bien-pensance est devenu « à risque », mouton noir dont tout le monde se méfie. Une longue liste de destinations sont désormais fermées aux Français. Rarement la nature, la réalité et la force des choses imposèrent un aussi brutal démenti à l’illusion de « La mondialisation heureuse », véhiculée depuis des lustres par Attali, Alain Minc et consort.   

Ce n’est pas tout, les médecins et les infirmières le crient depuis des lustres, l’hôpital public, où il manque en moyenne 25 à 30% de personnels soignants, est asphyxié. Les mêmes comptables, artisans d’une dérive bureaucratique et administrative de l’État drogué  aux « critères de convergence budgétaire » l’ont traîné au bord du précipice. 

Aujourd’hui, on cherche précipitamment des respirateurs, des réanimateurs et des urgentistes. Pour autant, l’inconscience hypnotique n’a pas de limites. Martine Aubry, à l’origine des 35 heures, un des principaux accélérateurs du marasme des hôpitaux, est en tête au premier tour des municipales à Lille, il est vrai avec 70% d’abstentions.  Au lieu de pavoiser, mieux vaudrait s'interroger sur les limites de la démocratie française.   

Un autre contraste me frappe en considérant l’extraordinaire rétablissement de sa situation et de son image, opéré par Pékin.

Au moment de quitter l’Asie, début mars, le sujet était le risque d’une crise politique dans l'appareil, après que le réseau social chinois WeChat ait mis à jour le mensonge et les harcèlements de la police contre les lanceurs d’alerte alors que la contagion faisait rage au Hubei.

Pire encore, le 11 mars, Madame AI FEN, chef du service des urgences de l’hôpital Central de Wuhan, épicentre mondial de l’épidémie, choquée par la mort de 3 de ces collègues enflamma les réseaux sociaux chinois en révélant que, fin décembre, la bureaucratie lui avait interdit de donner l’alerte sur l’émergence d’un nouveau Coronavirus.  Il ne fait pas de doute que le retard de 3 semaines dans la mise en œuvre de la riposte sanitaire par Pékin a accéléré l’épidémie qui touche aujourd’hui 176 pays.

Très en colère et consciente qu’elle risquait son poste, le Dr AI, n’a pas pris de gants. Alors qu’on l’accusait d’avoir mis en danger « la stabilité sociale », elle répliqua en accusant les censeurs d’avoir mis gravement en danger la vie des malades et des médecins.« Les fausses informations officielles affirmant que la maladie était contrôlable et ne se propagerait pas directement entre humains - ont laissé des centaines de médecins et d’infirmières dans le noir. »

« Ces derniers firent de leur mieux pour traiter les patients sans connaître l’épidémie » (…) « Et même lorsqu’ils sont eux-mêmes tombés malades, ils ne furent pas autorisés à alerter leurs collègues et le public à temps ».(…) « Leur sacrifice est une perte et une expérience douloureuse ». AI FEN, en première ligne, avait sous les yeux la détresse des patients, l’épuisement des soignants et les morts par dizaines, jonchant le sol des hôpitaux encombrés.

Huit jours plus tard, miracle. Les mesures drastiques ont réduit l’épidémie céleste à zéro. Les seuls nouveaux cas dit le Parti sont des « cas étrangers ».

Quel que soit l’angle de vue, le confinement de tout le Hubei et des ¾ de la Chine à un degré infiniment plus sérieux qu’à Barbes, a été redoutablement efficace. Les contrôles policiers et l’auto-surveillance de la population qui n’hésita pas à dénoncer les contrevenants, créa une alchimie de l’efficience que les médias français appellent pour solde de tout compte « la cohésion culturelle ».
En réalité, je sais par expérience, qu’en Chine la solidarité est un peu « forcée ».

Au passage, chez nous où la culture flotte entre Mahomet, Jésus, Hara-Kiri, et les tendances anarchiques, l’essentialisme culturel est plus complexe. Nous ne sommes pas à Taïwan ou en Corée.  En un mot comme en mille, les « diversités » culturelles françaises  impensables à Séoul, Taipei ou Pékin, font que certains sont plus réticents que d’autres à se confiner.

Le Nouvel Obs du 17 mars : « Ce que je pense du confinement ? Comment je le vis ? Mal, comme tous les Français. Est-ce que je le respecterai ? Je ne pense pas », anticipe Yasmine, jeune Parisienne interrogée quelques heures après les annonces d’Emmanuel Macron. » et, toujours le Nouvel Obs : « Ça ne va pas m’empêcher de sortir. Si je devais la prendre [l’amende, NDLR], je la prendrais », explique ainsi Ahmed, un ami de Yasmine interrogé place de la Bastille. ».

Le l'Opinion du 18 mars: « A Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, des violences urbaines ont également éclaté mardi soir dans le quartier des 3 000. Les pompiers venus éteindre des containers en feu sont tombés dans un guet-apens, les policiers venus en renfort ayant interpellé six personnes. Celles-ci ont été placées en garde à vue et verbalisées pour non-respect du confinement, a indiqué la préfecture de police de Paris. Enfin à Trappes, dans les Yvelines, une supérette a été pillée lundi soir peu après les annonces d’Emmanuel Macron ».

Pour tenir à distance les accusations de stigmatiser une minorité,  que je vois venir, j'ai cherché dans la presse d'autres exemples flagrants d'indiscipline. Il y en a certainement. Mais je n'en ai pas trouvé.

*

En Chine, le craquement politique de la mi-mars est toujours là sous les pieds de l’appareil, mais le spectre d’une crise politique s’est éloigné. Plus encore, l’assourdissant tintamarre de la propagande noie la réalité manipulée dans un torrent d’auto-congratulations, tandis que Jean Yves Le Drian se confond en remerciements pour les millions de masques chinois envoyés par avion spécial via la Belgique.  

L’épicentre de l’épidémie, dont il est interdit de dire qu’elle vient de Chine, a migré vers l’Europe, avec un nombre de décès record, supérieur au total chinois. En France, la catastrophe sanitaire est en cours sous nos yeux.

C’est le moment que choisit Madame Buzyn pour « pêter un câble », affolant l’exécutif désormais presque nu. Encore un petit effort messieurs-dames et la scène factice où vous évoluez s’effondrera sous vos pieds.

Réflexion connexe : si dans les tensions qui montent dans le monde, risques sanitaires et socio-économiques, perspectives de faillites et de chômage, transes migratoires, gap culturel des banlieues dont la solidarité est aléatoire, la démocratie dont tout le monde se gargarise n’a, face à la puissance de la propagande chinoise glorifiant son efficacité, rien d’autre à offrir que le spectacle affligeant des pieds nickelés gouvernant le pays, je ne donne pas cher de sa survie.

Il n'est pas difficile d'imaginer qu'au sommet de la hiérarchie, les militaires « technicien des catastrophes » commencent à imaginer le pire. Ceux qui ont observé que l’exécutif s’est en quelques jours adressé 4 fois aux Français de manière solennelle, peuvent en effet craindre que tout le montage factice issu de la dernière présidentielle « en même temps » s’effondre brutalement.

Au 2e jour du confinement – je souhaite me tromper – mais j’ai le net pressentiment que sur fond d’angoisse sanitaire et d’indiscipline irresponsable dont on voit qu’elle n’est pas que « gauloise », la situation pourrait s’aggraver. Alors que l’Europe technocrate mal préparée aux crises réagit mal, le risque existe que l'appareil politique soit débordé par la conjonction néfaste des angoisses du coronavirus, du malaise rebelle des banlieues et du sentiment de déclassement ayant attisé la révolte des gilets jaunes. Puisse les appels à la solidarité d'un pays fracturé être entendus.  

Même si pour se rassurer on peut considérer que « le pire n’est jamais sûr », avec près de 10 000 cas en France, 264 décès et 931 en situation critique sous assistance respiratoire (alors que l’Allemagne n’en compte que 2), il est prudent de se préparer psychologiquement à quelque chose de plus grave.

 Haut les cœurs.

François TORRES
Officier général (2s)

 

Source : www.asafrance.fr
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