CORONAVIRUS. Mise en perspective de la crise du COVID 19 : Un État régalien et non plus moralisateur

Posté le dimanche 22 mars 2020
CORONAVIRUS. Mise en perspective de la crise du COVID 19 : Un État régalien et non  plus moralisateur

Quelques constats et mises en perspective

 

 

J’entends les commentaires des médias.
La tendance à l’édulcoration est une sorte de maladie française. On s’épanche à l’infini sur le cas italien 41 000 cas (Plus de 50% des cas chinois), 3 400 décès (plus qu’en Chine) et 2 500 cas critiques – autant de décès potentiels.

On oublie la comparaison avec l’Allemagne où on compte certes plus de cas que chez nous, mais seulement 44 décès – contre 372 en France et ce n’est pas. Enfin, s’agissant de « l’organisation – prévision », la France dont les commentateurs glorifient la qualité du système de santé, n’est qu’au 19e rang mondial du rapport lits de soins intensifs / pour 1000 habitant (3,1) contre 6 en Allemagne. Je ne parle pas des masques pour éviter d’agacer.

Dans mon dernier papier, j’évoquais « le recul de l’État ». L’expression a de quoi faire sursauter n’importe quel observateur objectif qui peut constater la lèpre administrative ayant grignoté l’organisation des hôpitaux publics. En réalité, l’État n’a pas reculé dans l’hôpital public. Il est omniprésent. Mais pas dans son rôle régalien.

Au lieu de garantir la qualité des soins et des équipements, il a déserté et s’est abîmé dans un rôle exclusivement comptable et administratif boursouflé, devenu un cancer dont le pouvoir a subjugué celui des médecins. Je tiens cette remarque d’une de mes relations qui fut chef du service de cardiologie d’un hôpital public de l’Ouest français.

Au fil des ans, s’ajoutant aux dégâts des 35 heures, les administratifs comptables ont imposé des économies aux médecins. Comme il a laissé se perdre le Val De Grâce dans le néant de « la présidence normale hollandaise », symbole historique du recul du régalien, le corps médical a aussi laissé faire les coupes sombres dans le budget opérationnel des hôpitaux et notamment des équipements. Nous avons connu ça dans l’armée. Les attentats de 2015 ont amorcé un redressement des budgets militaires. Espérons que l'épidémie déclenchera une prise de conscience identique de la situation des hôpitaux publics.

La gestion par le seul viseur comptable s’est exacerbée avec la « Révision Générale des Politiques Publiques RGPP » qui, sous couvert de « rationalisation », a autorisé les tout-puissants administratifs à sabrer les budgets, avec en ligne de mire obsessionnelle  les critères européens dits de convergence. L’État devenu gestionnaire, ayant perdu sa vertu régalienne qui est celle de fixer les choix et les priorités, porte aussi une responsabilité dans la pénurie de médecins créée par le « numerus clausus » également décidé pour des motifs comptables. C’est un sabotage au sens le plus strict. Instaurée en 1971, la mesure ne prendra fin que cette année après une décision prise en 2019. Il était temps.

Bref, sorti de son rôle d’ordonnateur des choix régaliens opérationnels - c’est un recul -, l’État est devenu presque uniquement administratif, comptable et de surcroît moralisateur. En résumé, il est souvent inefficace et procédurier, d'autant plus nocif que la France est fortement étatisée et centralisée. Alors que nous détenons le record du monde des dépenses sociales, la situation inquiétante des hôpitaux publics devrait inciter n'importe quelle personne sensée à se demander où passe notre fric ?

Dans les hôpitaux publics, la première étape de la réponse qui tient du mythe de Sisyphe, serait de redresser les rapports de forces entre les administratifs et les opérationnels.

 

François TORRES
Officier général (2s)
19 mars 2020

Le général (2s) François TORRES est un contributeur régulier de l’ASAF et très apprécié des lecteurs en raison de la pertinence de ses analyses, de sa vaste culture et de son expérience internationale peu commune.

Diffusé sur le site de l'ASAF : www.asafrance.fr

Source : www.asafrance.fr
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